Conférence Bruce Timm au PopCon de Toulouse

Conférence Bruce Timm au PopCon de Toulouse

Dire que Bruce Timm a marqué les esprits avec sa série Batman dans les années 1990 est un doux euphémisme tant l’animé possède encore toute son aura auprès des fans et un succès jamais démenti. Dans le cadre de la première édition du festival Super-héros rattaché à l’événement PopCon, l’organisation et l’ami Paul Renaud ont décidé de faire les choses en grand en invitant l’artiste américain. Et quoi de mieux qu’une petite conférence pour apprendre à mieux connaître l’immense Bruce Timm ?

Lors de la série animée Batman, vous avez créé ce qu’on appelle maintenant le style "Bruce Timm" reconnaissable entre mille, alors même que ce n'est pas votre style de dessin naturel. Pourquoi ce choix artistique ?

Mon style a beaucoup évolué au fil des ans car j'ai testé de nombreuses approches artistiques. À la base, je voulais devenir un artiste de comic books et c'est lorsque j'ai commencé à travailler sur des séries animées comme Mighty Mouse : The New Adventures en 1987 que j'ai pensé à une nouvelle façon de dessiner. Ensuite, quand j'ai commencé à bosser sur la série animée Batman, j'ai mélangé les différentes formes d’approches que j'avais pu développer auparavant et c'est ce mélange qui a donné ce qu'on appelle maintenant le style "Bruce Timm".

Quels sont les artistes qui vous ont influencé ?

Comme beaucoup de lecteurs qui voulaient devenir artistes, j'ai lu tout ce qui m’est passé sous la main et j’ai essayé de copier le style de nombreux artistes comme John Buscema, Jack Kirby, Gene Colan et bien d'autres... Mais ça a été un véritable désastre ! (rires)

Avez-vous frappé à la porte des éditeurs de comic books avant de vous lancer dans les séries animées ?

Non, pas vraiment. Avant que je m’investisse pleinement dans l'animation, je n'ai jamais rien montré à personne et je n’avais fait aucune démarche auprès des éditeurs. Ensuite, j’ai profité du fait de me lancer dans l’animation pour aller dans les conventions avec mes nombreux dessins sous le bras… Mais ça n'a jamais porté ses fruits !

Vous avez commencé dans le métier en étant coloriste. Comment cela s’est-il passé ?

En effet, le premier job que j'ai eu c'était coloriste pour un comic book intitulé Crossfire en 1984. C'est quelque chose qui est arrivé totalement par accident, je ne savais pas que j'allais atterrir sur ce projet-là ! Plus tard, le scénariste de Crossfire, Mark Evanier a parlé de moi à Dave Stevens alors qu’il cherchait quelqu'un pour mettre en couleurs le comic book Rocketeer. Je ne sais pas pourquoi mais Mark a dit à Dave qu’il fallait absolument me prendre pour ce job-là et Dave a accepté. C’est comme ça que je me suis retrouver à être coloriste sur la série Rocketeer...

C'est cette expérience de coloriste qui vous a amené à travailler avec ces fameux markers si caractéristiques du style "Bruce Timm" ?

Hum… Je pense en effet que ça vient de ma formation de coloriste. Quelques temps plus tard, j’ai travaillé sur des comics pour un éditeur qui a maintenant disparu et c'est à partir de là que j'ai commencé à travailler avec des markers. C’est à force de travail que j’ai pu définir le style qu’on me connaît aujourd’hui.

Vous avez d’abord travaillé sur la série animée Tiny Toons avant d’être celui qui allait redéfinir Batman pour la première fois depuis les années 1960. Comment cela s’est-il passé ?

Mon arrivée sur la série animée Batman est une combinaison de travail mais aussi de beaucoup chance. En effet, lorsque la première saison de Tiny Toons a été bouclée, nous avons fait une réunion avec notre boss, Jean Mc Curdy, qui a évoqué un projet de production pour un show Batman. Dès que j'ai entendu le nom "Batman", je me suis dit que je devais absolument y participer ! Après la réunion, je suis vite allé m’enfermer dans mon bureau pour dessiner pendant des heures. Ce qui en est ressorti était à peu près le design graphique du show Batman tel qu’on le connaît. Lors d'une nouvelle réunion, j'ai alors montré tous mes dessins à Jean Mc Curdy qui a décidé de lancer illico la première saison de la série !
En fait, j’ai eu la chance d’être là au bon moment. C'est la manifestation d'une théorie dont je parle souvent : il suffit d'être au bon endroit au bon moment pour participer à de grands projets. Ça arrive beaucoup dans ce business. Par exemple, si quelqu'un veut absolument l'image d'une orange et qu'il se trouve que tu as justement un dessin d'orange dans ton portfolio, même si c'est ton dessin n'est pas terrible, c’est toi qui auras le job car la personne en face de toi ne va pas trouver mieux à ce moment-là. C'est pour ça que Jean a vite été convaincu quand il a vu mes dessins de Batman… car j’étais le seul à lui en avoir montré ! (rires)

Votre série animée Batman est très fidèle aux comic books originaux et ne trahit jamais les personnages ainsi que l’univers crée par Bob Kane et Bill Finger. Est-ce qu’il a fallu vous battre pour y arriver ?

Oui, nous avons dû nous battre pour que les personnages soient fidèles aux comic books d'origine dès le début du projet. En effet, à la base, la série animée devait être calibrée pour les enfants. Or, le succès du film Batman de Tim Burton avec son ambiance sombre et sérieuse qui se positionnait aux antipodes du feuilleton avec Adam West nous a beaucoup aidé à faire une série animée respectueuse du matériau d’origine. Ainsi, quand on est allé à la rencontre de Fox Kids pour leur présenter la série animé Batman, ils voulaient se rapprocher de l’ambiance du film de Tim Burton. Ça nous a donc permis de pouvoir négocier avec eux un dessin animé sombre avec des armes ainsi qu'un peu de violence. Les dirigeants de Fox Kids n’étaient pas tellement emballés par ces idées mais au final, la pilule est bien passée…

Curieusement, la série suivante après Batman , votre adaptation de Superman est très inspirée par le design de Jack Kirby...

C’est vrai. Quand j'étais enfant, mes premières lectures se portaient plutôt sur Marvel que sur DC Comics (je sais que je ne devrais pas dire ça – rires). Ce qui est amusant avec Superman, c’est que c’est un personnage génial avec une historique très intéressante, mais il faut bien avouer que les vilains ne sont pas forcément folichons. C'est pourquoi nous avons décidé d’apporter à la série animée Superman une petite touche façon Jack Kirby afin de rendre les vilains plus intéressants et un peu plus inspirés. De plus, j’ai toujours adoré comment Jack Kirby dessinait les armes et la technologie au travers de ses œuvres. Je m'en suis aussi beaucoup inspiré pour ce dessin animé.
En fait, quand on se penche sur les films Superman des années 1980 ou même pour Man Of Steel , j’ai l’impression qu’ils sont plutôt "marvelisés". En fait, on a eu la même approche sur nos séries animées notamment sur Justice League où le personnage d’Amazo est fortement inspiré par le Silver Surfer

Ce qui est génial dans Justice League, c’est d’avoir utilisé Darkseid comme antagoniste principal. C’est un méchant massif et effrayant qui est issu du comic book Quatrième Monde de Jack Kirby et dont Marvel s’est beaucoup inspiré pour créer Thanos...

Oui c’est exact, mais je ne suis pas sûr que le Thanos dans les derniers films Marvel soit une redite de Darkseid… Cependant, il faut rappeler que Jim Starlin, le créateur de Thanos, a avoué il y a quelques années s’être inspiré du travail de Kirby – notamment Darkseid – pour façonner le personnage de Thanos. En fait, il faut savoir que des grosses entreprises comme DC Comics ou Marvel sont tout le temps en train de travailler sur des scénarii et des nouveaux personnages. Il n’est donc pas rare que ces grosses structures se piquent parfois quelques idées…

Batman Beyond est un projet un peu particulier car ce n'est pas une adaptation. Comment est venue cette idée ?

Pendant que nous étions en train de travailler sur la série animée Superman, on faisant des essais de design pour la série Batman afin qu’elle soit diffusée de manière concomitante avec Superman. Nous étions contents du nouveau design et de ce parti pris artistique lorsque nous avons eu un appel d'une des têtes pensantes de Warner. Tout d’abord, on a eu droit à beaucoup de compliments sur les séries qu'on produisait, puis on nous a demandé de faire un show pour les enfants de la tranche 6-12 ans. Après avoir vu les nouveaux designs de Batman, les dirigeants de Warner ont alors émis l'idée de repenser un peu Batman de façon à en faire un adolescent pour que les enfants puisse s’y identifier... Autant dire que l'idée ne nous a vraiment pas transcendés ! (rires) Il y a eu un long moment de Silence et puis je me suis dit qu'on pouvait faire peut-être faire un Batman adolescent mais au travers d’une histoire qui se déroulerait dans le futur où Bruce Wayne prendrait sous son aile un adolescent afin de le former pour qu’il devienne Batman. Cette idée a été validée et on nous a donné une deadline très courte pour réaliser la série au plus vite !

Vous avez déclaré que c'est un arc narratif de Batman Beyond qui a permis la création Justice League...

Oui, c'est vrai. On s'est dit que ce serait possible en fin de série de faire des épisodes avec beaucoup de personnages mais la principale difficulté était de maintenir le niveau de qualité graphique et scénaristique. On a donc travaillé sur un épisode en deux parties de Batman Beyond avec les personnages de Justice League. C'était une véritable gageure car il n'a pas été évident de gérer autant de personnages sur les scènes d'action, par exemple. Mais au final, la réussite de cet épisode a été la preuve que le concept de Justice League tenait bien la route... C'est pourquoi on a mis en place un peu plus tard la série !

On remarque que cette série Justice League ainsi la série Justice League Unlimited s'inscrivent dans une même continuité car elles concluent des histoires de Batman Beyond et en reprennent aussi les thématiques principales...

Au début, quand on a commencé l'aventure de Batman The Animated Serie, on ne s'imaginait pas qu'on allait travailler sur un grand univers connecté. En réalité, on comptait juste mettre en place Batman du mieux qu'on pouvait sans penser au futur. Puis, quand on nous a proposé de faire la série Superman et de faire d'autres séries centrées autour de Batman, on s'est dit que ce serait pas mal de faire en sorte que ces séries se déroulent dans un univers plus ou moins connecté. Du coup, quand on a commencé à bosser sur la série Justice League, on a aussi fait en sorte de la connecter aux séries précédentes.
Par contre, il est à noter que, dans notre façon de travailler, on n'a jamais supposé que les spectateurs avaient déjà vu les épisodes des précédentes séries. Du ce fait, on a construit nos épisodes de Justice League de façon à ce que les histoires soient accessibles à tout le monde sans qu'il soit nécessaire d'avoir vu tous les épisodes de Batman Beyond ou de Superman ! (rires)
Puis, à partir du moment où on a commencé à inclure des ennemis comme Lex Luthor, le Joker ou bien Darkseid à partir de la saison 2 de Justice League, on a vraiment fait en sorte de faire des connections plus prégnantes entre les différentes séries. De ce fait, on a construit cet univers partagé à rebours en développant les intrigues de façon à ce qu'on soit dans un grand ensemble cohérent.

Votre entrée en fanfare dans l'univers du comics a été marquée avec le personnage d'Harley Quinn lors de la sortie du comics Mad Love. J'imagine que ça a dû être intense pour vous d'avoir un tel succès...

Oui, c'était plutôt cool ! (rires) C'était une période très intense pour moi. J'ai fait cette BD pour le fun et puis j'ai vite reçu des appels ou des mots sympathiques de la part d'artistes comme Frank Miller ou Mike Mignola... C'était super ! En plus, Mad Love a été nommé dans beaucoup de prix et en a même remporté quelques-uns. C'était une période vraiment cool car j'étais en train de percer, tout comme Mike Mignola d'ailleurs. C'était une époque où on commençait à se connaître entre nouveaux artistes. Et même si dans ces années 1990, les comics n'avaient pas laissé un bon souvenir à cause de certains illustrateurs et scénaristes que je ne nommerai pas ici, on avait l'impression d'avoir le vent en poupe et de pouvoir faire des choses bien...

Questions du public :

Le personnage de Catwoman a connu beaucoup de changements graphiques au fil des années. À la base, le costume de Catwoman était gris puis est devenu noir.

Quand j’ai commencé à travailler sur le personnage de Catwoman, son costume était effectivement tout gris. Je m’étais inspiré du comic book Batman : Year One de David Mazzuchelli. En même temps, lorsque nous étions en phase de production, le second film Batman de Tim Burton, Batman Returns, était en passe de sortir et on a décidé de coller à ce long-métrage dans lequel le costume de Catwoman (incarnée par Michelle Pfeiffer) était noir…

Parmi les nombreuses œuvres graphiques sur lesquelles vous avez travaillé, qu'elle est celle que vous avez préférée faire ou mettre en œuvre ?

J’ai adoré travailler sur tous les projets qui m’ont été donné de faire. Il n’y a aucune des séries que j’ai réalisées dont je ne sois pas fier, mais si je devais n'en choisir qu’une seule alors je dirais que ma série préférée est Justice League Unlimited.

Selon vous, serait-il possible de revoir Batman Beyond avec Terry Mcginnis dans des prochains films de DC ? Va-t-il y avoir un peu de renouveau autour de ce personnage ?

Il faut savoir que la rumeur qui laissait entendre un film Batman Beyond était complètement fausse… Mais puisque beaucoup de gens ont parlé de cette rumeur, il y a eu des idées qui ont émergé ici et là ! (rires) Du coup, je ne peux donc pas dire qu’il y aura un film Batman Beyond chez DC… mais ça reste une possibilité ! (rires)

DC est quasiment toujours en difficulté en ce qui concerne la mise en place de films dans son propre univers. Vous qui avez un énorme savoir-faire, pourquoi n’avez-vous jamais participé à des longs-métrages de super-héros de chez DC ?

(rires) Merci pour cette question ! Pour être honnête, je pense que DC a corrigé le tir après Wonder Woman et maintenant Shazam !. De mon point de vue, je crois qu’ils sont sur la bonne voie, ils n’auront donc pas besoin de mon aide… En tout cas, je suis content de voir que les gens de chez DC ont compris que les personnages ne devaient pas être tout le temps sombres.

La série animée Batman a bercé la jeunesse de nombreux enfants qui sont maintenant devenus des adultes. Comment se sent-on quand on sait que toute une génération a grandi avec cette série ?

Ça me fait me sentir vieux ! (rires) Ceci étant, même si ça fait un peu bizarre de se rendre compte que les enfants des années 1990 sont maintenant des adultes, c’est quelque chose de sacrément cool. Quand je suis dans ces conventions et que des personnes me disent qu’ils ont grandi avec la série animée Batman alors même que ces personnes ne sont plus tellement jeunes, fait que je me sens encore plus vieux ! Quand quelqu’un avait 7 ans à l’époque et que maintenant il en a 30, ça veut dire que moi, j’ai pris 23 ans… (rires)
C’est malgré tout très flatteur de savoir qu’il y a des gens qui ont été touchés par cette série et que certains d’entre eux se sont mis aux comics. C’est un vrai bonheur, en fin de compte…

On vous parle souvent du personnage féminin d’Harley Quinn que vous avez créé avec Paul Dini mais il y a aussi dans vos œuvres d’autres personnages féminins forts comme Roxy Rocket ou Andrea Beaumont (Le Fantôme Masqué). D’où vous est venue l’inspiration pour ce dernier personnage ? Est-ce qu’il a été inspiré de Midnight dans le comic book Batman : Gotham After Midnight ?

C’est assez curieux car quand j’ai créé le personnage du Fantôme Masqué, c’est Alan Burnett alors scénariste sur la série animée Batman qui m'avait décrit le personnage (une tête de mort sur le masque, une faux…). Une fois que j’ai dessiné ce personnage, je me suis effectivement rendu compte qu’il existait un personnage très similaire dans une autre série. C’est peut-être une inspiration subliminale ! (rires)
En ce qui concerne Roxy Rocket, c’est un personnage que j’ai créé avec Paul Dini. On avait pris conscience du succès d’Harley Quinn et on voulait donc mettre d’autres personnages féminins en avant dans la série…

Comment s’est passé le recrutement des acteurs voix dans la série animée Batman ? Comment vous et Andrea Romano (la directrice du casting) avez fait pour trouver des acteurs comme Kevin Conroy ou Mark Hammill dont les voix sont parfaites pour leurs personnages ?

En fait, on a tout simplement fait des auditions pour beaucoup de personnages comme Batman, le Commissaire Gordon, le Joker, Two-Face ou bien Robin. Les rôles les plus difficiles à caster ont été pour Batman et le Joker pour lesquels on a reçu de très nombreuses candidatures. On n’arrivait pas à trouver la bonne voix pour Batman, puis, quand Kevin Conroy s’est pointé, ça a été une véritable révélation ! Alléluia !
En ce qui concerne le Joker, on avait pensé à l’excellent Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show, Ça…) mais au final on s’est aperçu au bout de quelques épisodes que sa voix ne collait pas au personnage car il manquait quelque chose. On trouvait que le rire du Joker n’était pas assez organique et manquait de naturel. Du coup, on a refait un casting et c’est là que Mark Hammill s’est présenté. Il était parfait pour ce rôle-là !
Pour le reste du casting voix, Andrea Romano et moi-même avions des listes d’acteurs que nous voulions. Certains ont refusé et d’autres ont accepté… C’était simple !

Un grand merci à toute l’équipe de PopCon / Super-Héros ainsi qu’à Paul Renaud et à Arnaud de ComicsBlog.

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