[Review VF] Machine Man - Le Robot Vivant

[Review VF] Machine Man - Le Robot Vivant

Vu que la fin d'année n'est jamais une période faste pour les personnes âgées qui peinent à passer l'hiver, on s'est dit que ce serait une bonne idée de revenir sur une sortie marquante de 2017 chez Panini Comics : l'intégrale de Machine Man (collection Marvel Vintage), la série crée par Jack Kirby à la fin dans les années 70.
Quasi inconnues des plus jeunes, les aventures de Machine Man ont cependant rythmées la vie de leurs aînés (c’est-à-dire ceux qui sont nés vers 1908) dans les pages du comics Titans dans lequel on retrouvait des séries comme Star Wars, Mikros ou Dazzler. Aaaaaah ! C'était la belle époque, nom d'une pipe en bois !
Bref, tous les détenteurs de la carte vermeil et locataires de maisons de retraite saluent donc la belle initiative de Marvel et Panini Comics d'avoir sorti un pavé de 440 pages pour retracer la vie de X-51, alias Machine Man !

Un peu d'histoire…

A la fin de l’année 1970, Jack "The King" Kirby, quitte Marvel pour travailler chez DC Comics, où il devait jouir d’une liberté totale de création. Cependant, cinq ans plus tard, le "Roi" revient chez Marvel, pour la plus grande joie de ses fans. On le voit alors à l’œuvre comme scénariste, dessinateur et rédacteur aussi bien sur Captain America que sur ses propres créations comme The Eternals, Devil Dinosaur et bien sûr Machine Man. Le personnage de cette dernière série, un robot vivant, fait ses premiers pas en juillet 1977, dans 2001 : A Space Odyssey #8, un mensuel inspiré du roman homonyme d’Arthur C. Clarke et de son adaptation cinématographique par Stanley Kubrick.
Voici un bref résumé de son histoire (pour les plus jeunes) : le scientifique Abel Stack vient de créer de nombreux robots humanoïdes auxquels il y ajoute une conscience comparable à celle d’une personne ordinaire. Parmi ces robot, X-51, aussi appelé Machine Man semble être le plus proche de l'esprit humain, notamment grâce à l’amour de son créateur qui l'a élevé comme un fils et qui lui a donné le nom d'Aaron Stack. A la mort d’Abel, l’armée américaine décide de démanteler tous les robots lorsque ces derniers se retournent contre les humains du fait de l'inadéquation de leurs consciences avec leur condition d'humanoïde.
Seul survivant du massacre auquel il n'a pas participé, Machine Man est recherché par l'armée et ses tentatives pour mener une vie normale au milieu de ses "semblables" humains sont mises à rude épreuve…

Lorsqu'en septembre 1977 2001 : A Space Odyssey prend fin, Jack Kirby fait en sorte que X-51 ait sa propre série chez Marvel et développe la personnalité de son héros au travers de nombreuses aventures, avec plusieurs questions cruciales et existentielles en fil rouge : un être synthétique peut-il avoir une âme ? Peut-il être doué de sentiments ? A-t-il des droits ? Des devoirs ? Peut-il être considéré comme un véritable être humain ?
Malheureusement, après les adieux de Kirby à la Maison des Idées en 1978, Machine Man s’interrompt au bout de seulement neuf numéros...
Or, en 1979 les aventures du personnage sont reprises par Sal Buscema au travers du comics The Incredible Hulk d’avril à juillet, avant que la série Machine Man ne soit relancée pour de bon dès le mois d’août 1979 par un autre père fondateur de Marvel : Steve Ditko.

un nouveau lifting …

Avec cette intégrale on ne peut pas dire que Panini Comics (l'éditeur français de Marvel) a fait les choses à moitié ! Bien au contraire, en plus de nous gratifier de l'ensemble des épisodes de notre ami Machine Man en plus de quelques bonus, cette édition dévoile des dessins recolorisés, des lettrages retouchés ainsi qu'une nouvelle traduction un poil plus moderne, qui colle avec l'époque d'aujourd'hui.
Ainsi, si on compare les planches issues des vieux Titans de la fin des années 1970 avec ce livre, on se rend compte de l'énorme travail de relifiting qui a été fait (delà à parler de ravalement de façade, il n'y a qu'un pas…). Voici donc un petit exemple ci-dessous :

 
Le jeu des 7 erreurs : à gauche Titans #37 et à droite L'intégrale Marvel Vintage

Evidemment, les grincheux argueront que l'édition de la collection Marvel Vintage dénature un peu le produit de base avec des traductions modernes (quitte à paraître un peu trop politiquement correct), mais force est de constater que le parti pris de Panini Comics dans la retranscription est plutôt bien faite et que l'ensemble s'avère cohérent…

… mais un esprit toujours old school !

Bref, revenons à nos moutons… Dès le premier épisode de Machine Man, il est indéniable que la série a pas mal vieilli tant au niveau des dessins que du scénario.
Ainsi, même si l'odeur de la si délicate patine vintage se fait sentir tout au long des 440 pages de ce bouquin, il faut bien avouer que les histoires de Machine Man à base d'action, d'espionnage et de science-fiction à la papa ont dû mal à véritablement transcender le lecteur de comics d'aujourd'hui. En effet, il est difficile de ne pas sourire devant l'utilisation des gadgets "à la pointe de la technologie" de ce bon vieux X-51 comme ses fameux ressorts sous les pieds qui le font bondir à des hauteurs vertigineuses, ses chenilles sous les bras qui le font rouler en position couché ou ses jumelles / yeux qui lui permettent de voir jusqu'au fin fond du cosmos…
De plus, malgré le talent indéniable du King Kirby, les dessins sont loin des standards d'aujourd'hui et ne rendent pas toujours honneur à l'aura de l'artiste. Pas mal d'eau a coulé sous les ponts des comics depuis 1978, et ça se sent !

Or, à y regarder de plus près, on s'aperçoit que Jack Kirby a porté une attention toute particulière à la personnalité d'un Machine Man sans cesse tiraillé par sa conscience "plus humaine que celle des humains" et sa volonté de fuir un monde qu'il n'arrive pas pour autant à détester, notamment grâce à son seul véritable ami, le psychologue Peter Spalding. Ainsi, au fil de ses aventures X-51 mettra tout en œuvre pour défendre le Monde alors même que ce dernier cherche à l'anéantir (à l'image du Colonel Joshua Kragowski, dit Kragg, seul survivant humain de la révolte des robots humanoïdes suite à la mort d'Abel Stack) ou bien à l'exploiter comme un vulgaire outil…
Et derrière des histoires a priori simplistes (Machine Man doit sauver la Terre de l'alien robot Autocron Ten-For, par exemple), il se dégage de véritables questionnements existentiels sur l'acceptation de l'Autre, sur les droits des minorités (le dialogue entre Machine Man est un taximan noir dans le sixième numéro en est un bon exemple…) ainsi que sur le regard d'une société gangrénée par la violence et la corruption, incarnée par le politicien pourri Miles Ralph Brickman… et mine de rien, ces thèmes-là sont malheureusement toujours d'actualité !

De Sal Buscema à Steve Ditko

Malheureusement, le départ de Kirby de chez Marvel met un terme aux aventures de Machine Man au fil d'un dernier combat – remporté par l'homme machine – face à la Corporation, une organisation terroriste internationale. Du coup, lorsque Sal Buscema et le scénariste Roger Stern reprennent à leurs comptes le personnage d'X-51 aux prises avec le géant vert dans The Incredible Hulk #234 avec en filigrane la Corporation, on est un (gros) cran en-dessous des jalons posés par Jack Kirby, si bien que ces épisodes sous l'emblème de Hulk ne se résument qu'à des scènes d'actions sans grand intérêt (Machine Man se bat avec Hulk, Hulk se bat avec Machine Man, Machine Man se rebat avec Hulk etc. etc.) pendant quelques numéros…
Il faudra attendre l'arrivée de Steve Ditko et Marv Wolfman aux commandes d'X-51 dans le Machine Man #10 pour qu'on retrouve dans le personnage de métal, l'esprit insufflé par Kirby. Malgré quelques épisodes plutôt bien menés et intéressants avec les vilains Konik et Kubilaï Khan, il est indéniable que le tandem Ditko / Wolfamn n'arrive pas à la cheville de ce que faisait le King.

Certes, on retrouve un Machine Man toujours tiraillé entre l'amour et la détestation d'un monde qu'il ne comprend pas (et inversement), mais les choses sont amenées sans grande finesse, et pour tout dire d'une manière très manichéenne.
De fait, la psyché troublée et sur le fil de Machine Man sera plus ou moins sacrifiée sur l'autel de l'action et des situations qui flirtent parfois avec le ridicule (X-51 se "répare" sous forme trottinette pour pouvoir échapper à ses poursuivants…). C'est assez dommage, dans la mesure où Ditko et Wolfman ont su développer quelques éléments importants comme l'évolution de la relation entre Machine Man et le colonel Kragg ou bien la volonté de notre héros de s'intégrer dans la société par le biais du travail (il devient un employé modèle dans l'entreprise Delmar spécialisée dans les assurances…).
Mais malgré toute la bonne volonté de Ditko la série Machine Man lâchera son dernier râle à la fin du numéro 19 de février 1981, après un essoufflement quasi continu d'une petite année…

Afin de clôturer dignement le dernier chapitre de cette intégrale, Marvel et Panini Comics y ont intégré un épisode initialement issu de Marvel Comics Presents #10 de 1989, une petite histoire inédite mais assez anecdotique de seulement 8 pages dans laquelle Machine Man affronte un robot fou…
De même, la fin de l'intégrale sera truffée de sketches Jack Kirby ainsi que d’éditoriaux de 1978 / 1979 écrit par le maître lui-même qui permettront de comprendre un peu mieux la vision du King sur ce personnage malheureusement sous-exploité de l'univers Marvel

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

Le relifting de la couleur et des lettrages
Les épisodes 16, 17, 18 et 19 inédits en VF

LES POINTS FAIBLES

Il manque les 3 derniers épisodes de 2001 : Space Odyssey

 

3

King's Machine

Conclusion

Il y a boire et à manger dans cette intégrale de Machine Man ! Et même si l'ensemble reste un peu vieillot et délicieusement suranné, l'oeuvre de Jack Kirby possède toujours un charme indéniable... pour nous les vieux !

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