[Avent #3] [Review VF] Hachette The Savage Sword Of Conan 1 et 2

[Avent #3] [Review VF] Hachette The Savage Sword Of Conan 1 et 2


Comme nous vous l’avions annoncé, Hachette a lancé récemment une nouvelle collection basée sur Conan le Barbare, et plus précisément sur The Savage Sword of Conan. Bien qu’il ne fasse pas vraiment de doute que tout le monde ait au moins une fois entendu parler du personnage, que ce soit par l’interprétation d’Arnold Schwarzenegger au cinéma ou par une autre adaptation, son origine est peut-être moins connue. Conan est la création de Robert E. Howard et est apparu pour la première fois en 1932 dans une nouvelle de Weird Tales, un pulp qui paraissait à l’époque. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le terme pulp, il s’agit de magazines de qualité sommaire, mais peu chers, dont l’heure de gloire date de la première partie du XXème siècle. Ils seront d’ailleurs en partie remplacés par les comics, c’est donc tout naturel que Conan soit adapté dans ce format.

Lorsque Marvel récupère les droits du personnage, il lance une série en 1970 intitulée Conan the Barbarian. C’est Roy Thomas qui demande à Stan Lee de pouvoir adapter le personnage. Il s’agit réellement d’un comics, c’est-à-dire des chapitres d’une vingtaine de pages en couleur. Mais ce n’est pas ce que publie Hachette dans sa collection. En effet, en 1971, Marvel publie en parallèle Savage Tales, puis The Savage Sword of Conan. Les différences ? Savage Sword n’est pas vraiment un comics, mais un magazine. Les histoires sont donc plus longues, mais surtout elles ne sont pas soumises au Comics Code Authority. Elles sont plus matures dans la violence et dans la nudité, et les auteurs sont donc plus libres. De plus, les dessins ne sont pas colorisés, ce qui met en valeur le trait des artistes.

Cette série de magazines est ce qui est contenu dans la collection Hachette. En France, plusieurs vieux éditeurs ont tenté des publications à l’époque, mais actuellement, une édition assez stable est proposée par Panini. Immanquablement, la comparaison est tentante. Pourtant, les éditions sont assez différentes du moins pour les tomes sortis pour le moment. En effet, les magazines américains contiennent plusieurs chapitres qui sont parfois indépendants. Panini a fait un choix de recomposition dans ses albums que Hachette ne fait pas. Ce dernier publie dans l’ordre chronologique des magazines. Chez MDCU, nous avons reçu les deux premiers tomes de la collection, et nous allons ce que tout cela vaut.

The Savage Sword Of Conan 1 - Les Clous Rouges

Ce premier tome est assez particulier, car il ne contient pas de Savage Sword of Conan, mais cinq numéros de Savage Tales, un magazine Marvel qui anticipe ce que sera Savage Sword. Ce qui est étonnant lorsque l’on parcourt les cinq récits contenus dans cet album, c’est l’absence d’une chronologie. Les histoires se passent à des moments différents de la vie du Barbare. On le découvre tantôt mature, tantôt jeune et fougueux. L’avantage est que dès le début, tout une mythologie semble se montrer doucement. La collection ne commence donc pas par des origines du personnage, mais vraiment directement par le cœur de sa vie.

La première histoire se nomme La fille du Géant du Gel, et se déroule suite à une bataille où Conan est le seul survivant. Il rencontre une femme étrange, pratiquement nue bien qu’au milieu de la neige. Dès lors, tous les ingrédients de Conan sont là, et seront réutilisés par la suite. Le Cimmérien est un combattant hors pair, un sauvage qui tue sans sourciller. Il croisera dans sa vie de nombreuses femmes, souvent dénudée, parfois victimes et parfois fortes. Et enfin, il y aura souvent un soupçon de magie, de fantastique, de mystique. On découvre donc ces ingrédients avec plaisir, et un dosage plutôt maitrisé. Roy Thomas, le scénariste, est un spécialiste de Conan puisqu’il écrit une bonne partie de ses aventures chez Marvel. C’est l’unique scénariste de ce tome 1.

Dans Les Clous Rouges, Conan partage l’aventure avec une femme. Ensemble, ils vont combattre des créatures étranges et trouver une cité abandonnée bien mystérieuse. Il ne faut pas attendre de Conan un maître de la subtilité. C’est un mâle brutal, qui veut posséder les femmes, et n’a pas peur de la baston. Malgré le risque de se complaire dans ce personnage rétrograde, le récit est suffisamment malin pour que ça ne soit pas l’aspect qui retient le plus l’attention. Le scénariste ne s’y attarde pas, et n’insiste pas. Il use de textes explicatifs, et de bulles de dialogues, pour donner un certain recul à tout ça. Il en abuse peut-être même un peu, mais c’était la façon de raconter les histoires à cette époque.

Ce récit est le plus long. Il y a un travail sur la nudité et la violence, bien plus présentes que dans les comics soumis au Comics Code Authority, mais avec tout de même une certaine retenue. On découvre les mythes et légendes de cet autre monde, et petit à petit, on nous laisse entrevoir un background extrêmement riche. Au niveau des dessins, Barry Smith nous offre un trait assez simple, organique, mouvant, et assez discret. Dans le récit suivant, il est remplacé par Gil Kane et Neal Adams qui ont un dessin plus recherché, avec un travail sur les ombres en niveau de gris. Cependant Smith revient ensuite avec un trait plus fouillé qu’au début. Enfin, le dernier récit est dessiné par Jim Starlin qui propose un trait maîtrisé, et des designs qui lui sont propres.

Ces trois derniers récits, Dieu des ténèbres, Hôte de la nuit et Le Secret de la rivière, sont diverses histoires du Barbare. Tous proposent un point de départ mystérieux, dont on va découvrir les détails par la suite. L’impression d’aventure est vraiment présente, et on prend beaucoup de plaisir à découvrir cet univers. Pourtant, si le fait de proposer des récits à des époques différentes de la vie de Conan permet de construire une mythologie, il donne aussi l’impression d’un album assez décousu. Il y a une histoire dont je n’ai pas parlé, Cimmérie. Il s’agit d’un poème écrit par Howard mis en illustration. Malgré le personnage assez dur de Conan, il y a une certaine poésie qui se dégage de ces histoires. Bref, si ce genre de récit d’heroic-fantasy vous plait, cette collection mérite votre attention, surtout que les albums ont un bon format, semblent de bonne qualité, et sont agrémentés de quelques textes et illustrations.

The Savage Sword Of Conan 2 - Le Colosse Noir

Dans ce deuxième album, on rentre dans le cœur du sujet, puisque nous abordons la série principale : The Savage Sword of Conan. Un texte plutôt bien fait introduit l’album, comme dans le premier. Il permet de mieux comprendre le travail d’adaptation de Roy Thomas. En effet, certaines histoires sont tirées des livres Conan de Robert E. Howard, mais elles peuvent aussi venir d’autres histoires de Howard sans lien avec Conan, ou même de romans d’autres auteurs. De plus, l’introduction permet de mieux situer les récits dans la vie de notre Barbare. Cet album offre une plus grande cohérence entre les différentes histoires, tout en gardant la liberté de raconter des histoires à différentes périodes. Et surtout ce tome introduit le dessinateur qui va marquer la série de sa patte : John Buscema.

 

La première histoire de 1974, L’Anathème du Mort-Vivant, nous montre Red Sonja, un personnage tout récent à l’époque, puisqu’il apparaît pour la première fois en 1973. Il s’agit d’une création purement comics de Roy Thomas et Barry Smith, mais qui ne vient pas de nulle part puisqu’inspirée de deux personnages de Howard. Red Sonja a un caractère fort qui rivalise avec Conan, permettant de former un couple sans que l’un prenne le dessus sur l’autre. Reste le look de l’héroïne qui, même si c’est sa marque de fabrique, peut être sujet à discussion. On se demande bien l’utilité d’une armure-bikini, d’ailleurs les auteurs en joue puisque même Conan en fait la remarque.

Au niveau des dessins, les premières planches sont un peu baveuses, et auraient mérité un travail de restauration. Heureusement, ça ne dure pas, et on peut savourer plus en détail le dessin de Buscema qui nous offre un barbare avec une musculature imposante, et des femmes très sensuelles. Certaines histoires font plusieurs chapitres, et quelques libertés sont prises dans la narration. Par exemple, Le Pic du Dieu-Lune débute par un prologue sans une lettre de texte, ce qui permet de donner une touche de modernité à la série. De plus, dans ces histoires, la vie de Conan est marquée d’étapes importantes. Il va être simple barbare, chef d’armée, puis capitaine de pirates.

On retrouve dans ce deuxième album tous les ingrédients plaisants de Conan : de l’aventure, de l’exploration, des mystères, du fantastique… Le précédent était plus hésitant et se cherchait, mais ce tome est bien mieux construit. La série prend donc rapidement ses marques, et on a hâte de connaître les autres parties de la vie du Barbare. Bref, si vous voulez découvrir plus en détails le personnage de Conan, se lancer dans cette collection est très intéressant tant l’adaptation passionnée de Thomas semble tenir la route.

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

La chronologie non linéaire
La maitrise du personnage
L’ambiance
Les dessins en noir et blanc

LES POINTS FAIBLES

L’armure-bikini de Red Sonja
Certaines planches baveuses

 

4

Par Crom !

Conclusion

Avec un premier album qui pose les bases, et un deuxième bien plus maitrisé, la collection démarre doucement, mais de très bonne manière.

  • Bubl
    Bubl

    il y a 12 jours

    L'armure bikini de red sonja en point négatif sérieux ? Je vois nul part le fait que Conan se trimbale en slip tout en faisant un stéréotype du mal viril dans les points négatifs pourtant...