[Review VF] L'Étrange vie de Nobody Owens

[Review VF] L'Étrange vie de Nobody Owens

Alors que Sandman vient de sortir sur Netflix, Delcourt ressort une autre adaptation de Neil Gaiman, L’Etrange vie de Nobody Owens. Il s’agit d’une intégrale des deux tomes qui étaient sortis en 2015/2016 chez le même éditeur. Le comics est tiré du roman écrit par Gaiman, et paru en France chez Albin Michel. Le travail d’adaptation a été réalisé par P. Craig Russell, accompagné de plusieurs dessinateurs.

Après l’assassinat de ses parents, un bébé s’échappe de sa maison, et fuit dans un cimetière. Il y croise des fantômes qui décident de le cacher du tueur qui le poursuit. Les Owens sont un couple de fantômes qui vont l’adopter, et lui donner le prénom de Nobody, soit Bod pour les intimes. Silas, un grand homme fin dont on comprend vite qu’il s’agit d’un vampire, deviendra son tuteur. Bod a la latitude du cimetière, c’est-à-dire que même s’il est vivant, il a certains privilèges des morts comme le fait de ne pas ressentir le froid par exemple. Tout le long de l’album, on suivra la vie de Bod dans le cimetière.

P. Craig Russell n’en est pas à son premier travail avec Gaiman puisqu’il a déjà fait l’adaptation de Coraline, et d’autres histoires de Sandman et Conan le Barbare par exemple. Son travail semble très respectueux du livre de Gaiman, et même si Gaiman n’est pas réellement présent aux commandes de cette adaptation, on retrouve tout de même sa qualité d’écriture. A aucun moment l’impression d’une qualité moindre à ce qu’aurait fait Gaiman s’il avait adapté lui-même son livre ne se fait ressentir.

La bonne idée du comics est de faire appel à plusieurs dessinateurs pour porter cette histoire. L’album est divisé en tout en huit chapitres, de tailles différentes, et le dessinateur change à chaque chapitre. Cette multitude de dessinateurs n’empêche pas la BD d’avoir une cohérence graphique : les styles restent relativement proches, et l’unique coloriste, Lovern Kindzierski, aide beaucoup à garder une continuité dans les dessins.

Parmi les dessinateurs se trouve bien sûr Russell lui-même. Il est accompagné de Kevin Nowlan (Adventures of Superman , The Defenders), Tony Harris (Ex Machina, Starman), Scott Hampton (Simon Dark, Doc Savage), Galen Showman (Elric, Deadworld), Jill Thompson (Wonder Woman, Sandman), Stephen B. Scott (Judge Dredd ) et David Lafuente (Ultimate Spider-Man ). Chacun donne vie à une étape de la croissance de Bod, qui grandit entre les chapitres, et chaque chapitre nous montre une aventure. On y voit la première amie vivante de Bod, l’éducation qu’il reçoit avec la rencontre de créatures étranges, sa première sortie du cimetière pour son amie la sorcière morte, la macabrée dont on ne doit pas parler... Il va ensuite atteindre l’adolescence, et ses aventures auront moins d’insouciance, jusqu’à atteindre le pénultième chapitre.

La longue première partie de l’album est riche du style magique de Gaiman, avec une histoire très référencée notamment sur les mythologies, les croyances et les religions. Le récit est parfois très malin, avec cette habitude de ne pas citer l’évidence, et de nous laisser une place à l’imagination. L’adaptation est très littéraire, on y trouve beaucoup de texte hors des bulles de dialogues. Mais les dessins ne sont pas délaissés, et ces textes sont utiles pour exacerber la poésie de Gaiman. Et bien heureusement, la traduction est excellente.

Le chapitre 7 est l’aboutissement de toute la série, et de loin le plus long. On va tout savoir sur le tueur des parents de Bod, et pourquoi Silas ne veut pas que le garçon sorte du cimetière. Et en plus de la vérité, la conclusion de l’histoire nous est révélée. Pourtant, ce chapitre commence aussi légèrement que les autres, avec le retour de Scarlett, et un petit flirt d’ado. Mais l’histoire va s’enchaîner et nous tenir en haleine jusqu’au bout. Ce chapitre est toutefois un peu décevant, car l’aboutissement de l’histoire n’est pas forcément d’une très grande originalité. Le twist se voit arriver de très loin, et les explications du meurtre de la famille de Bod auraient gagné à être plus fouillées.

Il y a une analogie qui peut être faite entre L'Étrange Vie de Nobody Owens et Harry Potter. Un enfant dont les parents ont été tués vit dans un monde de magie, apprend les choses de la vie et va finir par affronter le tueur de ses parents. Même au niveau de la structure des histoires, les chapitres vont devenir de plus en plus durs. La fin est bien plus sombre que le début. Elle est aussi moins imaginative, moins magique, moins fabuleuse. C’est normal, c’est l’arrivée dans l’adolescence, Bod se prend la réalité dans la figure. Cet aspect se ressent même dans le dessin : Scott Hampton a un style assez réaliste, avec du travail sur les ombres, assez gommées. On peut donc saluer cette cohérence.

Précision tout de même, bien que plus sombre, le récit reste assez léger et amusant à lire. Et si une déception est générée par ce chapitre très terre-à-terre, mais nécessaire, l’album reste d’un très bon niveau. Surtout qu’il est suivi par un excellent épilogue qui conclue toute la série, et qui est extrêmement émouvant. La fin rappelle les thèmes universels développés tout le long de la série. Elle est ouverte, et sous forme de conseils à donner à ses propres enfants. Très belle, elle conclut merveilleusement cette fable sur la vie et la mort. Bref, si vous aimez Gaiman, ou si vous voulez vous évader un moment dans un monde simple et inventif, avec un plaisir immédiat, feuilletez L'Étrange Vie de Nobody Owens, ça pourrait vous intéresser.

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

- Bonne adaptation du livre
- La cohérence graphique
- Les différentes histoires
- L’imagination de Gaiman
- La cohérence du tout

LES POINTS FAIBLES

- Peut-être un peu bavard
- L’aboutissement de l’histoire décevant

 

4

Envoûtant !

Conclusion

Tout le talent de Gaiman se retrouve dans ce très bon album, magnifiquement mis en image. Malgré un aboutissement relativement décevant, ce merveilleux conte plein de surprises est une lecture recommandée.

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