[Review VF] Stray Bullets Volume 1

[Review VF] Stray Bullets Volume 1

Les éditions Delcourt rééditent une série très populaire et très appréciée au près des fans de comics indépendants, et une série très particulière comme on va le voir, et on a envie de dire qu’il était temps ! Temps de faire redécouvrir cette série en France et de lui donner un second souffle plus que mérité. Cette série, c’est Stray Bullets. Stray Bullets, c’est un polar subversif et complétement déjanté, œuvre de l’artiste David Lapham. La série est publiée très irrégulièrement depuis 1994 chez l’éditeur US El Capitan et cette nouvelle édition intégrale regroupe deux volumes, à savoir 14 numéros.

Un bon polar, ce n’est pas une enquête policière bien ficelée. Un bon polar, ce n’est pas une intrigue qui tient en haleine jusqu’au retournement de situation final et la révélation du coupable. Un bon polar, c’est avant tout une histoire et une ambiance très sombre, c’est un récit pessimiste, des personnages paumés et bourrés de défauts qui tentent illusoirement de s’en sortir face à la froide dureté du monde. C'est en tout cas mon avis sur la question. Et c’est exactement ce que nous dépeint Stray Bullets à travers les trajectoires et les tranches de vie de ces personnages hauts en couleur baignant dans une atmosphère noire. Parce que Stray Bullets est un bon polar. Que dis-je, c’est un excellent polar. Parce qu’en plus de cocher toutes les cases du polar dans sa définition la plus viscérale, David Lapham mélange les genres et y apporte la folie, l’humour et la dérision des grands films d’action des années 90. Il se permet aussi de faire dans la politique et le sociétal, ce n’est pas forcément une œuvre ouvertement engagée, mais lorsqu’elle te met un coup de massue dans la tronche par la virtuosité de sa mise en scène et l’implacable noirceur de ses propos, elle te laisse quand même un peu de place pour cogiter sur ce que tu viens de lire. Stray Bullets est une série qui marque, qui prend date avec le lecteur. On n’en ressort pas indemne, que ce soit parce que l’on est choqué par sa brutalité et sa violence, parce que l’on ressent de l’empathie pour les destins de ces personnages voués à la tragédie, parce que l’on prend son pied à suivre des aventures et assez dingues et plutôt fun, ou encore parce que l’on est logiquement impressionné par le talent de l’auteur. Quand on lit cette série, on pense forcément au Strangers in Paradise de Terry Moore, la comparaison est assez évidente, on est dans cette fresque burlesque qui porte loin ses personnages, d’aventures en aventures. Mais Stray Bullets va encore plus loin dans la noirceur et le sinistre et porte encore plus haut les couleurs du polar, n’ayant pas à rougir à côté des classiques du genre en comics. 

La mise en scène et la narration de Lapham, elles aussi, s’inspirent des meilleurs exemples du genre, et il en passe des genres à travers toutes ces vignettes, du polar à l’horreur, en passant par l’humour satyrique et l’action survitaminée. L’artiste choisit un schéma et un découpage classique pour y faire vivre ses histoires, un quadrillage en huit cases pour la grande majorité de ses planches, comme pour imprimer un rythme régulier et lassant au récit, rappelant celui du quotidien. C’est aussi une manière de présenter des histoires dans un schéma classique et ainsi donner plus d’intérêt et de puissance au récit, s’appuyer sur le contenu des cases plutôt que sur leurs structures. Et c’est là que Lapham excelle ; le suspens, l’horreur, la comédie, le glauque, le malaisant, tout est retranscrit à merveille et l’énergie et les émotions explosent littéralement des pages. L’artiste ne s’embarrasse pas avec les détails, il y a peu ou pas du tout d’arrière-plan, on va droit au but, c’est brut et direct, tout comme le scénario que sert le dessin.

Mais paradoxalement, ce qui fait toute la force de cette série est aussi à l’origine de ses quelques (petits) défauts. La folie ambiante et les situations totalement décalées qui enlèvent le récit et lui donnent une autre dimension pour un polar, engendrent aussi un certain sentiment d’irréalisme qui peut se ressentir à différents niveaux. Les constructions et évolutions des personnages et les thématiques mises en avant dans cet univers dur et glauque sont des éléments d’une réalité glaciale. Mais certaines intrigues et situations dans lesquelles se retrouvent les personnages, et surtout leur enchainement au fil des pages, fait perdre une part de réalisme et peut dérouter des lecteurs qui tentent de s’identifier aux personnages et/ou d’accorder un réel crédit à tout ce qui se passe. De même, les réactions et dialogues des personnage sont parfois tellement décalés et perchés, qu’une nouvelle fois, on nous rappelle clairement que ce sont des personnages de fiction. De la fiction maitrisée et jouissive, mais de la fiction écrite pour divertir avant tout. 

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

- Du polar par excellence
- Une mise en scène impeccable
- Des thématiques pertinantes
- On prend notre pied !

LES POINTS FAIBLES

- Un certain manque de réalisme

 

4.5

Un tir qui fait mouche !

Conclusion

Stray Bullets est un excellent polar qui coche toutes les cases de son propre genre et tire le meilleur des autres, avec énergie et virtuosité. Ce sont des histoires entremêlées et des portraits de personnages à la fois bruts, pessimistes, violents, drôles et burlesques. C’est un cocktail détonnant si particulier qu’il doit forcément être goûté au moins une fois. On peut assurer que malgré son titre, ce n’est pas une cartouche perdue de la part de David Lapham ; ça fait mouche.

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