Par Frank Miller et Geoff Darrow

[Review VF] Big Guy & Rusty le garçon robot

Par Frank Miller et Geoff Darrow

Peut-être connaissez-vous le dessin animé adapté de Big Guy and Rusty, the Boy Robot ? Assez étonnement, le comics original est écrit par Frank Miller, le papa de Sin City, qui semble ici s’attaquer à un registre totalement différent. Mais l’est-ce vraiment ? Et surtout est-ce que l’auteur est aussi à l’aise dans ce genre de récit que dans les histoires sombres qu’on connait de lui ?

Le personnage de Big Guy fait des apparitions dans plusieurs séries, mais l’album de Glénat se focalise sur les récits dont il est le héros, ce qui se résume à une grosse histoire, et une petite bonus. Frank Miller n’est pas seul à la barre, puisque Geoff Darrow, en plus du dessin, participe au scénario. Les deux auteurs avaient déjà collaboré sur Hard Boiled, paru chez Delcourt. Ils remettent donc le couvert ici, avec une histoire assez délirante qui aura donc le droit à une adaptation en dessin animé pour les enfants. Le récit principal date de 1995, et d’ailleurs, la première publication française est arrivée la même année, chez les éditions Delcourt. Glénat a récupéré les droits, en nous proposant d’approfondir les œuvres de Darrow, après la publication de Shaolin Cowboy (lire la critique ici).

Nous sommes au Japon, des scientifiques font une expérience qui ne va pas se passer comme prévue. Il en résulte l’apparition d’un monstre géant, un pseudo-Godzilla qui va se mettre à détruire la ville. Soyons clair, ce comics n’est pas pour les enfants. Le nombre de morts est assez impressionnant, et elles sont parfois violentes. On peut voir par exemple des gens se dissoudre dans l’estomac du monstre. Pour lutter contre la bête, les japonais envoient leur arme ultime : un petit robot nommé Rusty. Malgré la technologie de pointe qu’il représente, il est totalement impuissant face à la créature. Les japonais doivent donc, en dernier recours, faire appel aux américains, notamment Big Guy, un gros robot. Un combat impressionnant va alors avoir lieu.

La star de cet album est sans contexte Geoff Darrow, encore plus que Frank Miller. Ses dessins sont juste hallucinants. L’album n’est pas très long, mais la lecture se fait très lentement : on reste scotché plusieurs minutes devant les planches riches en détails de l’artiste. Pour tout vous dire, si on voulait, on pourrait se passer des textes que l’album serait toujours pertinent. Bref, c’est magnifique, mais on en doutait pas pour du Darrow. Juste pour s’en prendre plein les yeux, l’album mérite l’achat. Surtout qu’on le feuillètera de nouveau à l’occasion, pour se reprendre une baffe de temps en temps. Geoff Darrow est trop rare pour ne pas se faire ce plaisir. Il profite en plus d’une nouvelle colorisation par l’excellent Dave Stewart, que l’on a déjà vu sur l’univers de Hellboy notamment.

Pourtant, le texte de Frank Miller se justifie. En effet, il donne un aspect de comics old-school à l’histoire. C’est vraiment ce qui marque quand on lit ce récit, on croirait un comics des années 50. Par exemple, tout ce qui se passe dans les planches sont décrits par une voix off. Seulement, ce texte est écrit de manière très contemporaine, et est très romancé comme sait si bien le faire Miller. Du coup, ça rajoute un certain cachet à l’album. L’histoire est aussi très naïve, ce qui rajoute un contraste avec certaines scènes violentes. Enfin, Miller rajoute aussi quelques pointes de cynisme. On retrouve le côté très patriotique de vieux comics, où les Etats-Unis viennent sauver ces incapables de japonais. On a donc cette ironie typique de Miller que l’on peut prendre pour du chauvinisme.

Cette première histoire fait environ 70 pages. Elle est suivie par une galerie de couvertures des séries Big Guy et Rusty, the Boy Robot, mais aussi leur crossover. Bien sûr, tout est fictif, mais ces faux numéros sont datés depuis 1959, ce qui permet de créer tout un background très sympathique, et plutôt marrante. Parce que oui, tout l’album possède un humour assez particulier qui se lâche d’ailleurs totalement ensuite, dans une histoire courte inédite d’une dizaine de pages datant de 2016. Il s’agit d’une aventure assez classique de Big Guy et Rusty, sauvant des américains sur une plage se fichant totalement de leur combat. La critique des Etats-Unis est ici clairement affichée. Miller n’y a pas participé, mais ce n’est pas moins bon pour autant.  Enfin l’album se termine sur une galerie de pin-up montrant nos deux héros, mais aussi des invités : Shaolin Cowboy, Spawn et Ash ! Bref, une parfaite intégrale pour bien savourer l’ambiance particulière de ces histoires et le superbe style graphique de Darrow. Le livre est d’ailleurs en grand format, plus grand que la moyenne des comics.

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

Les dessins
Le style vieux comics

LES POINTS FAIBLES

Une histoire pas trop poussée

 

4

Superbe !

Conclusion

L’album nous raconte une histoire de monstres dans une ambiance mélangeant le style de Frank Miller avec les vieux comics des années 50. Les dessins de Geoff Darrow sont à se rouler par terre, avec un niveau de détails assez démentiel. A lire et à relire !