L'un des meilleurs numéros de la série !

[Review VF] Bertrand Keufterian: Zone 57 #2

L'un des meilleurs numéros de la série !


Notre chasseur d'Alien préféré est de retour avec un nouveau numéro du second cycle des aventures de Bertrand Keufterian, désormais sous-titrées Zone 57, qui en fait le sixième chapitre de la saga qui en contiendra huit. On s'approche donc doucement de la conclusion et les auteurs Guillaume Matthias et Carlos Rodrigo ont mis les petits plats dans les grands pour faire avancer leur histoire, en nous offrant un numéro bourré d'action, au rythme effréné ! Rappelons aussi qu'à l'issue du dernier numéro, un vote avait été ouvert pour choisir le personnage qui serait éliminé de l'émission de télé-réalité qui prend place dans la série, une jolie initiative, dont nous avons donc le résultat dans ce numéro !

Le premier volet de Zone 57, l'an dernier, nous avait laissé sur un cliffhanger mettant en jeu le sort du personnage principal, le brave parmi les moins braves, Bertrand Keufterian. Suivant les règles de l'art, la résolution de cette situation n'intervient pas dès la première page, au profit d'une remise en contexte à travers le journal télévisé (on reste évidemment dans la thème !), dans lequel nous retrouvons deux têtes bien connues de ceux qui connaissant la vérité, j'ai nommé Reinhart Müller et Diane Sakaly ! Petite touche d'humour et référence appréciable, d'autant plus lorsque l'on sait à quel point ils ont influencé cette série et ses auteurs. Ce début de numéro permet aussi de placer la présentation de Bertrand (comme l'ont eu les autres dans le numéro précèdent), un choix intéressant puisque c'est souvent lorsque l'on se focalise un peu plus sur un personnage, qu'un sort funeste l'attend peu de temps après. Alors est-ce lui qui est éliminé ? Les lecteurs n'auraient quand même pas fait ça ?! On notera par la même occasion que le personnage a vraiment bien évolué, plus impliqué et sûr de lui, tout en restant fidèle à lui-même en courant après une gloire douteuse et éphémère. Un sentiment renforcé par ce numéro qui lui fait la part belle et le remet au centre des débats, pour notre plus grand plaisir. Pour en revenir à la résolution du cliffhanger, elle est plutôt attendue mais n'en reste pas moins crédible, sur le moment, et d'autant plus en fin de numéro avec une explication supplémentaire.

Une fois le numéro lancé, on ne l'arrête plus. Si le premier volet de Zone 57 avait un rythme un peu plus posé parce qu'il fallait introduire de nombreux nouveaux éléments, ici les auteurs peuvent se lâcher et laisser place à l'action. Il se passe beaucoup de choses dans ce numéro et elles s'enchainent à un très bon rythme, ce qui est notamment rendu possible par les séparations des personnages en différents lieux et dans différentes situations, tout en gardant une vraie cohérence et une vraie ligne directrice. La narration monte presque de manière crescendo pour finir sur trois scènes différentes, qui pourraient toutes êtres considérées comme des cliffhangers. La vraie fin étant assez dingue, elle surprend, lance de nombreuses questions et surtout nous donne vraiment envie de lire la suite, encore plus que lors des derniers numéros. Et tous ces évènements sont à chaque fois majeurs, ils vont bousculer la série, amener encore de nouvelles questions et donner quelques bribes de réponses. Mieux que cela, certains éléments de ce numéro commencent à faire de vrais liens avec les premiers, comme le flashback sur Nina, le traitement des extra-terrestres ou encore les motivations du nouveau personnage, et donnent le sentiment toujours agréable que la série a été pensée sur son ensemble, que les huit numéros formeront un tout, et que l'on sera récompensé de l'avoir suivi depuis le début, durant toutes ses années. Dans cette logique, la fin du numéro nous apporte aussi la réponse du pourquoi et du comment du second cliffhanger du dernier numéro, dans l'histoire bonus consacrée à Nina. Un numéro donc bien chargé pour un peu plus d'une vingtaine de pages, qui vous donne le sentiment d'en avoir vraiment pour votre argent. 

Fidèle à sa thématique, la série en profite encore pour placer quelques petites piques aux traitement de l'information par les médias, notamment à la télévision. On y retrouve notamment une interview d'une ancienne candidate du jeu qui n'a rien à dire et à qui le journaliste réussi à mettre ses propres mots dans la bouche pour en tirer ce qu'il souhaite comme point de vue. Une situation où Bertrand est en chasse d'une autre personne alors que sa position est révélée à la télévision, pouvant aider son assaillant à le piéger, ce qui rappelle un débat assez récent sur le rôle des médias dans ce genre de situations. Ou encore un p'tit passage d'Hanouna, juste pour le plaisir. On pourra peut-être regretter que si le propos a du sens et de l'intérêt, ce n'est pas toujours amené de manière très subtile. On retrouvera aussi ce manque de subtilité et de finesse dans beaucoup de dialogues, qui, sous couvert de l'humour ont tendance à tomber dans le cliché et à perdre grandement en réalisme. Les mentions d'hashtags de Vendetta à tout va sont amusantes mais finissent par devenir une gimmick bien trop présente, qui tue la petite touche d'humour initiale. Même chose pour les accentuations de dialogues en anglais pour le producteur de l'émission ou des mimiques allemandes pour le nouveau personnage, qui ont tendance à faire « too-much ». Et dans l'ensemble, certains dialogues durant les scènes d'action ne font pas toujours très naturels.

Guillaume Matthias est toujours aux crayons pour ce nouveau numéro et continu de surfer sur le très bon niveau et les jolis améliorations dont nous avions déjà pu être témoins lors du précèdent chapitre. Ce n'est pas forcément évident de mettre en page un numéro aussi consistant et une narration avec un tel rythme mais il s'en sort avec brio, alternant des planches très découpées pour les séquences frénétiques avec d'autres offrant plus d'espaces pour les moments importants, le tout avec des doubles pages aux moments opportuns. Il met en scène de très belles séquences, comme la fameuse élimination de l'épisode, qui est un joli hommage aux films d'horreur, ou la scène sous l'eau, dotée d'un découpage assez original et très efficace. Quelques parallélismes horizontaux et verticaux sont aussi intéressants et inspirés. Le dessinateur nous démontre toute l'expérience qu'il a acquise de par son travail sur cette série et sa passion pour les comics en général. Et c'est toujours un plaisir de découvrir des décors et lieux de la ville de Metz, dans cette réalité alternative, ne les oublions pas.

L'histoire bonus de ce numéro accueille le jeune dessinateur Leo Chiola, qui signe aussi d'ailleurs la couverture. Cette petite histoire est assez drôle puisqu'il s'agit d'un "what if?", une réalité différente dans laquelle les extra-terrestres ne sont jamais venus sur Terre. On voit donc un Bertrand Keufterian vivre sa vie de "looser", tel qu'on avait pu s'en faire une idée dans le premier numéro, avant que toute cette histoire ne commence. Une jolie idée qui fera sourire et qui apporte une dose de légèreté bienvenue après un épisode aussi dense. Le desinateur signe une très belle performance, avec des influences mangas rendant les pages très lisibles et dynamiques, et on espère le revoir à l'oeuvre rapidement.

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

- Le rythme
- L'avancement de l'histoire
- Le découpage des planches
- De belles séquences
- Le cliffhanger

LES POINTS FAIBLES

- Manque de subtilité dans la satyre
- Des dialogues un peu clichés

 

4

Chaos dans la Zone 57 !

Conclusion

Zone 57 #2 s'avère clairement être l'un des meilleurs numéros de la série, offrant beaucoup d'action, de nombreux rebondissements, quelques réponses et encore plus de questions, le tout à un rythme soutenu. On commence enfin à toucher du doigt où veulent en venir les auteurs et à sentir une cohérence sur l'ensemble, ce qui rend la lecture bien plus passionnante et rend l'attente du prochain numéro encore plus insoutenable.