[Review VF] Fondu Au Noir

[Review VF] Fondu Au Noir

Delcourt s’intéresse de près à ce que fait Ed Brubaker, et nous propose une de ses dernières séries. Intitulée The Fade Out, et traduite par Fondu au noir par l’éditeur, elle est sortie aux Etats-Unis chez Image, et le scénariste y retrouve son dessinateur fétiche, Sean Phillips. Il s’agit d’une maxi-série de 12 chapitres, dont l’intégralité est publiée dans l’album de Delcourt qui nous offre donc un gros pavé de plusieurs centaines de pages. Voyons maintenant si le duo reste à la hauteur de leur réputation.

L’album débute avec un texte de Brubaker qui explique d’où il a tiré son inspiration pour son histoire, ce qui permet de mieux appréhender la série. Le récit se situe à Hollywood durant l’année 1948. Charlie, le personnage principal, se découvre à nous : il se réveille dans une baignoire, le lendemain d’une soirée particulièrement arrosée. Il a très peu de souvenirs de la veille. Il comprend où il se trouve lorsqu’il découvre le cadavre de Valeria Sommers, une fameuse actrice. En fait, Charlie est un scénariste qui travaille sur un film dont Valeria est la vedette. Il va choisir de sauver sa peau en fuyant la scène du crime. L’ambiance est assez sombre, proche du polar et du film noir. La BD contient de nombreuses cases de textes, comme une voix off, qui donne l’illusion de lire un roman. Elles permettent de définir par exemple ce que ressentent les personnages, et sont toujours à la troisième personne. Pourtant ce n’est pas du descriptif comme on peut trouver dans les vieilles BD, ça reste très fluide dans la lecture.

Vous vous dites peut-être qu’avec une morte sur les bras, l’album va nous montrer une enquête policière à la L.A. Confidential. Fondu au noir n’est pas un policier pour une raison simple : dès le début, l’affaire est classée comme un suicide. Pas parce que c’en est un - ça n’en est pas - mais parce que le studio qui produit le film dont Val était la vedette ne veut pas que l’histoire s’ébruite, et qu’il tient la police de Los Angeles dans la poche. L’aspect le plus intéressant de l’album est probablement les dessous de Hollywood que nous décrit Brubaker. Derrière la magie du cinéma, on découvre un monde infâme, où les actrices sont manipulées et abusées pour qu’elles puissent faire carrière. Le récit est sans concession sur un milieu pourri, que le scénariste arrive à ancrer dans la réalité grâce à la présence notamment de véritables acteurs de l’époque, comme Clark Gable ou Humphrey Bogart. Il nous montre les grosses soirées où tout est permis, mais aussi la logique capitaliste qui gouverne le système : on ne montre que ce qu’on pense que les gens veulent voir (par exemple, l’homosexualité ne peut exister à Hollywood). Ce qui prime n’est pas l’art, mais l’argent.

Ce sentiment est renforcé par la chasse aux sorcières de l’époque. En effet, durant l’après-guerre, l’ennemi, c’est le rouge. Et Hollywood est considéré comme un repère de communistes. C’est un climat particulier, où si on a des idées de gauche, il vaut mieux se retenir de parler, au risque de se faire arrêter par le FBI et de subir un interrogatoire pour dénoncer ses camarades. C’est ce qui est arrivé à Charlie, qui a du donner le nom d’un de ses amis. Bref la période est riche, et Brubaker l’exploite à merveille. Autre chose, Charlie a participé à la Seconde Guerre Mondiale, et y a laissé toute son inspiration, ce qui permet aussi de traiter les retombées de la guerre. Finalement, toute l’histoire de Brubaker tourne autour de ce type, Charlie, qui a un peu une vie de merde, que Val parvenait à lui faire oublier. Il va donc essayer de lui rendre Justice .

 

Le récit se focalise beaucoup sur la psychologie de Charlie. Le protagoniste est profond, intéressant et très bien travaillé. Les autres personnages sont aussi bien croqués, et ils sont pourtant nombreux. La construction du récit est assez complexe, avec notamment la présence de flashbacks ou de rêves. Nous ne sommes cependant jamais perdus. Le nombre de personnages, les éléments qu’on apprend sur chacun d'eux, leurs personnalités, tout est suffisamment bien travaillé pour paraître très clair. On ne ressent jamais de difficulté dans la lecture, pourtant l’écriture a dû être assez casse-tête. Le rythme est assez lent, et l’intrigue avance doucement. Même si Charlie va vouloir éclaircir l’histoire du meurtre de Val, ce n’est qu’un prétexte dont Brubaker se sert afin de nous montrer une époque qui trouve malheureusement encore un écho aujourd’hui avec l’affaire Weinstein (ce qui explique en partie la conclusion intelligente de l’album).

Au niveau du dessin, vous devez commencer à connaître Sean Phillips maintenant. Pourtant, il est dans cette série meilleur que jamais. Son style est réaliste, assez sombre, et appuyé par l’incroyable talent d’Elizabeth Breitweiser aux couleurs, donne une superbe atmosphère. C’est tout en référence au film noir hollywoodien, ce qui est excellent puisqu’on nous en montre les dessous.
Bref, si le récit est captivant, les dessins sont largement à la hauteur. Il suffit pour s’en assurer de voir les bonus contenant une galerie de couvertures et d’illustrations de Phillips. L’autre bonus très intéressant est la promotion faite par les auteurs pour leur série. Au lieu de montrer quelques planches, ils ont choisi de faire une “bande annonce” composée de planches faites pour l’occasion. Un moyen de prolonger la thématique, et la mise en abyme du cinéma hollywoodien. Pour conclure, il y a énormément de choses à raconter sur cet album, ce qui prouve le gros travail qu’ont abattu les auteurs, mais le mieux qu’il reste à faire de le lire et le relire.

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

L'époque choisie
Le personnage de Charlie
Les dessins

LES POINTS FAIBLES

Rythme lent

 

4.5

Excellent !

Conclusion

La période de l'album est exaltante, et a de nombreux thèmes : l'après-guerre, la chasse aux communistes, l'âge d'or de Hollywood... Fondu au noir arrive à les exploiter, et à nous offrir une histoire à la fois dans la tradition du film noir, tout en dénonçant les dessous de ce genre de films. Un excellent album à lire absolument !

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