[Review VF] Batman: Le Culte

[Review VF] Batman: Le Culte

Ce vendredi 19 août est sorti le récit Le Culte de l’univers de Batman, paru en VO en 1988 (et en 89 sous le titre Enfer Blanc en VF). Écrit par Jim Starlin (Batman, Detective Comics, Captain Marvel) et illustré par Bernie Wrightson (Swamp Thing, Punisher), on peut dire que cette saga en 4 chapitres fait partie des histoires classiques du Chevalier Noir . Mais, est-elle pour autant aussi "classique" au niveau de son scénario ? Ou propose-t-elle quelque chose de complètement nouveau ?

Pour en avoir le cœur net, remettons les choses dans leur contexte. En 1986, paraissait la maxi-série Crisis on Infinite Earths (disponible en VF chez Urban) qui voyait l’univers DC avec ses différentes dimensions n’en former plus qu’une, ce qui représenta une nouvelle vie pour nos héros, dont Batman. À l'époque, Dennis O’Neil devient rédacteur en chef des titres du justicier de Gotham, et va donner un nouveau ton à l’univers inédit depuis sa création en 1946. Après le cultissime Batman: Dark Knight Returns de Frank Miller en 1986, paraît le très bon Batman: Année Un de Miller et David Mazzucchelli, qui vont donner une personnalité plus sombre au protagoniste. Le Culte s’inscrit donc dans cette lignée de récits qui intègrent plus de violence, un choix éditorial ambitieux de DC pour l'époque. Après 28 ans, le récit a-t-il aussi bien vieilli que moi ?

L’histoire commence avec un rêve de Bruce Wayne, où enfant il se retrouve dans une maison abandonnée sur une colline. Guidé par la peur, il se retrouve nez à nez avec le Joker. Peu à peu dans son rêve, Bruce reprend le contrôle et devient le Batman, qui va écouter son for intérieur et faire ce qu’il aurait dû faire depuis longtemps: tuer le Joker. On voit tout de suite que Jim Starlin et Bernie Wrightson veulent secouer la cage de la chauve-souris, et ouvrir une fenêtre sur la psyché du héros. Le reste du récit voit la présentation de l'antagoniste en la personne du Diacre Blackfire, qui a investit les rues de Gotham, avec son culte de sans-abris.

Le personnage de Blackfire est un vilain que je ne connaissais pas avant d’avoir ouvert ce bouquin, et après quelques recherches je découvre qu’il a été utilisé dans le crossover Blackest Night en tant que membre des Black Lantern Corps, mais aussi dans le relaunch des New 52. C’est Scott Snyder qui place le personnage dans Batman Eternal, où une nouvelle version de The Cult est introduite. Un clin d’œil sympathique. Bref, pour en revenir à Blackfire, ce dernier est comme chaque meneur de culte (voir de secte), quelqu’un sachant parler de façon intelligente et plein de charisme. Son but étant de briser Batman, pour rendre la ville aux parias dont le système se moque. Il va très vite imposer ses méthodes et sa vision à Batman, qui lui, va se mettre à douter de ses propres méthodes. Il poussera même Batman à commettre l’irréparable, ce que je vais vous laisser découvrir en lisant le bouquin. Prisonnier, le Chevalier Noir  va durant tous le récit flirter avec la folie et la paranoïa. Et même si ce vilain reste extrêmement rare dans le Batverse depuis, il possède une aura et une personnalité aussi riche que celle d'un Joker ou d'un Pingouin.

L’influence des récits de Miller citée plus haut est très présente que ce soit dans les ficelles scénaristiques, du ton, du dessin et des couleurs. Comme dans TDKR, les extraits des médias viennent gonfler le récit pour nous montrer l’importance qu’ils ont dans la vie de tous les jours. Autre œuvre majeure des années 80 sur Batman, est celle de The Killing Joke qui, là aussi, est une source d’inspiration pour Starlin qui joue la carte des flashbacks en faisant ainsi des sauts dans le temps. Avec un récit ayant de si bonnes inspirations, on aurait pu se dire qu'il allait arriver à se démarquer un peu à un certain moment, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Pourquoi ? Simplement parce que la subtilité des références à TDKR et TKJ est bien trop exploitée et ressemble beaucoup trop à du copié/collé et on ne peut s'empêcher de toujours y penser durant la lecture.

Et par la suite, en tentant de monter en intensité, le récit accumule des petites imperfections dont je trouve qu'ils sonnent un peu comme un gag. Par exemple, je peux dire que si vous avez rêvé de voir Batman conduire une sorte de Batmobile version tank de l’armée/monster truck, vous serez servi. Et ne me lancez par sur Batman et Robin qui utilisent des armes à feu… Ah oui, Robin est présent, et c’est Jason Todd sous le masque du sidekick. Il est tellement rare d'avoir un récit en français avec lui, que j'ai été heureuse de le voir. Ici, il a son importance sans jamais pour autant quitter son rôle de sidekick de Batman, ce qui est franchement dommage tant Todd est un Robin culte au vu du futur qui l’attend. Mais ça, l'auteur ne pouvait pas le deviner à l'avance.

Le dernier point positif est la partie graphique de Bernie Wrightson qui a compris ce dont avait besoin le récit imaginé par Starlin. Ayant beaucoup travaillé sur les séries House of Mystery et House of Secrets, les planches bien sales augmentent la sensation malsaine que l'on a depuis la première page. Les couleurs de Bill Wray pointant vers le noir, rouge et verdâtre sont un complément parfait au style de Wrightson. Les pages les plus marquantes sont celles qui montrent la descente de Batman au coeur de la folie ainsi que celles où le sang explose littéralement sur toute la case. Si vous aimez les dessins des comics des années 80/90, vous comprendrez.

Parlons maintenant de l'édition VF d'Urban Comics dont la traduction est lisible et bien faite, rien à redire là-dessus. Seul petit bémol à mes yeux, et qui va jouer sur la note finale, est le choix du papier. Ici, l'éditeur a opté pour le papier glacé ce qui malheureusement enlève une partie de l'aspect sale et opressant du récit. Personnellement, l'oeuvre aurait gardé de son autenthicité et son charme si le choix du papier avait été celui que l'on peut voir dans les bouquins Batman Légendes, par exemple, ou encore ceux de Preacher. Côté bonus, rien de bien folichon mises à part les couvertures des 4 numéros par Wrighston.

Au final, Batman: Le Culte est une mini-série se plaçant dans la lignée des récits de l’époque qui proposaient un Batman plus sombre, plus proche de la folie qu’il ne l’a jamais été. L’ambiance y est oppressante et on se demande parfois ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, comme si nous aussi on sombrait dans la folie avec notre justicier en noir. Il aurait toutefois été plus marquant s'il n'avait pas tiré sur l'influence des récits de Miller et d'Alan Moore. Pour l'histoire, j'aurai donné un 4 sur 5, mais malheureusement le choix du papier fait redescendre la note, et même si cela semble n'être qu'un détail, il joue un rôle essentiel dans ce qui fait le charme du récit. C'est donc une histoire classique, dans le bon sens, qui reste accessible même pour un nouveau lecteur. Je le conseille vivement à ces derniers, mais aussi aux fans de Batman

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

- L'ambiance sale et malsaine
- Le vilain Blackfire et son charisme digne d'un Joker
- La présence de Jason Todd
- Les illustrations de Bernie Wrightson

LES POINTS FAIBLES

- Trop similaire aux œuvres de Miller et Moore
- Le choix du papier de l'édition

 

3.5

Culte

{C}

Conclusion

Un récit classique qui aurait pu devenir culte mais qui passera souvent sous Silence tant il est écrasé par l'influence de Miller et co. Mais, il serait regrettable de ne pas lire et/ou posséder ce bouquin dans votre bibliothèque.

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Edité par Urban Comics

  • Citizen
    Citizen

    il y a 5 ans

    Je partage très globalement la review ici présentée.
    Elle occulte toutefois un aspect majeur du récit a créditer indéniablement à ses aspects positifs, la critique socio-culturelle sous jacente, qui apporte différents niveaux de lecture et dont la préface dévoile certaines clés.
    Un mécanisme trop peu usité dans le domaine du comics, généralement relégué à l'entertainment pur et simple, et qui mérite donc une petite mise en lumière.