[Review VF] Big Girls

[Review VF] Big Girls

Le deuxième titre a lancé le label 404 Comics en parallèle de Dunce, s’intitule Big Girls ! Il s’agit d’une mini-série en six numéros, publiée par Image Comics aux États-Unis, et entièrement réalisée par Jason Howard. Monstres, combats de géants, sous-texte féministe et plaidoirie pour la tolérance ; c’est parti pour un sacré voyage !

Après avoir travaillé au côté de scénaristes tels que Robert Kirkman (Wolf-Man, Super Dinosaurs) ou Warren Ellis (Trees), l’américain Jason Howard fait le saut en solo avec cette mini-série Big Girls. Le concept est simple, nous sommes dans un univers dystopique, né d'une « erreur », une sorte de virus qui a transformé une partie des hommes en monstres géants écervelés qui détruisent tout sur leur passage et ne pensent qu’à une chose : manger des humains. Cette maladie a également touché certaines femmes, mais celles-ci se contentent de devenir des géantes, conservant leur apparence et leur intellect. L’humanité se réfugie alors derrière des murs invisibles représentés par ces Big Girls, qui repoussent les attaques de ces « Kaijus ». On y suit le personnage d’Ember, l’une des Big Girls, qui a de plus en plus de mal à assumer sa position et commence à se demander si elle fait partie, effectivement, du bon camp.

 Jason Howard n’a jamais caché son envie de s’éclater en dessinant des comics, en présentant des combats plus grands que nature et des affrontements de monstres de toute sorte. C’est ce qu’il faisait déjà de façon remarquable lors de ses collaborations avec Robert Kirkman. Il s’est donc imaginé une histoire dans laquelle il pourrait donner libre cours à ses envies et se faire plaisir. Cet affrontement de femmes géantes contre des monstres non moins imposants, sortis tout droit des plus grands classiques du genre, se présente donc comme le terrain de jeu idéal. Et effectivement, on en prend plein les mirettes ! Les scènes de combat et d’affrontement sont énormes et explosent littéralement en dehors des pages, réduisant les décors à des immeubles en ruine arrivant tout juste aux chevilles des guerrières et de leurs ennemis. La mise en scène est extrêmement fluide et dynamique, et dégage une vraie énergie communicative. On ne passera pas à côté des œuvres et des genres auxquels Howard fait référence et rend hommage : les films de monstres géants japonais dits « Kaijus », l’anime Evangelion, Pacific Rim, l’Attaque de la femme de 50 pieds. Et, dans un registre plus récent, il est difficile de ne pas penser à l’Attaque des titans. Mais la référence la plus évidente, parce qu’elle est citée et explicitement montrée, est sans doute celle faite aux Voyages de Gulliver, le roman de Jonathan Swift. Un cocktail détonnant de références explosives qui ravira les amateurs du genre, et ne laissera pas les autres indifférents.

Si voir des créatures géantes se mettre des coups de tatane dans un paysage de désolation post-apocalyptique représente l’une des attractions du titre, Howard a heureusement su donner de la substance à son histoire. L’auteur avoue avoir souhaiter aborder certaines problématiques de notre monde contemporain, auxquelles il lui arrive d’être confronté et qui le frustrent. Elles sont donc nombreuses et il n’y a pas besoin de trop gratter la surface pour les voir apparaître. Difficile de ne pas comprendre le symbole de femmes géantes représentant le seul rempart face à des hommes devenus monstrueux, violents, et meurtriers. La thématique féministe n’est pas forcément très subtile, mais a-t-elle encore besoin de l’être ? On en est parfois réduits à y aller avec les sabots pour se faire entendre, et c’en est ici une belle représentation. C’est simplement fun et cathartique de voir des femmes défoncer des monstres tous nommés Jack. Mais il ne faudrait pas s’arrêter à ce niveau de lecture, puisque l’on s’aperçoit que ces Big Girls sont encore et toujours dirigées par un groupe d’hommes. On a là une réflexion intéressante sur la persistance d’une société patriarcale, qui survit même dans un contexte hostile tel que celui-ci.  
L’autre grand axe thématique que va travailler Howard et le rejet de la différence, et notre incapacité chronique à faire preuve d’empathie envers tout ce qui ne semble pas s’aligner sur notre mode de pensée et notre vision du monde. Sans grande surprise, on se rend rapidement compte, au cours du récit, que le paysage d’ensemble qui est dessiné n’est pas aussi manichéen que l’on pouvait le penser. Les monstres ne sont peut-être pas totalement monstrueux, et les humains qui s’en défendent et se retranchent sur eux-mêmes n’ont peut-être pas les plus charitables intentions, ni les meilleurs codes moraux. C’est en essayant de se mettre à la place de l’autre, de comprendre sa position, que les choses vont pouvoir évoluer. Et à l’opposé de cette idée, on a cette société menée par le Marshall Tannik, qui refuse d’évoluer et d’accepter le changement, et reste enfermée dans ses propres croyances et expériences. L’auteur affiche également ici un regard critique envers les politiques protectionnistes et de repli sur soi, qui étaient loin d'être étrangères à l’Amérique de Trump.

Si le fond est intéressant et la forme rudement efficace, la narration qui les lie et les maintient ensemble, quant à elle, n’est pas exempte de défauts. C’est le premier scénario de Jason Howard, il est donc compréhensible qu’il tombe dans certains pièges et fasse preuve de quelques maladresses. Et le piège principal dans lequel il tombe est presque tout naturel, les combats et scènes d’action l’emportent sur le scénario, donnant l’impression qu’il manque un certain développement de l’intrigue au moment où arrive déjà la conclusion. On aurait aimé en apprendre plus et en voir davantage sur cet univers, qui semble à peine effleuré dans ces six numéros que composent la série. Il en va de même pour certains personnages et leurs passés, qui auraient mérité d’être plus approfondis. Et c’est également le même constat concernant les thématiques qui pointent le bout de leur nez, si elles sont intéressantes et pertinentes, on regrettera peut-être qu’elles ne soient pas un peu plus exploitées. Et il est surtout dommage de terminer sur un discourt assez simple et moralisateur, qui envoie voler en éclats les quelques couches de nuance qui servaient positivement le récit. Sans oublier qu’à force de monter d’un cran dans les combats, on finit sur de la surenchère un peu superficielle, qui éclipse les enjeux et les réflexions sous-jacentes. On appréciera dans cette optique la porte ouverte que s’est laissé Jason Howard, pour un possible retour dans cet univers des Big Girls. Parce que quand même, on en reprendrait bien un peu !

Soulignons la jolie édition offerte à la série par 404 Comics. Un joli écrin cartonné avec du papier très épais et de qualité (c'est d'ailleurs détaillé avec beaucoup d'humour dans la description technique au début du livre) . Le titre en orange fluo sur la couverture et la tranche attire l'oeil et offre un aspect "claquant", qui présage plutôt fidèlement de ce qui nous attend à l'intérieur. On regrettera le contenu éditorial très limité et surtout, le choix de ne pas avoir séparé les chapitres. C'est un débat Ancien parmi les lecteurs de comics, et je me place totalement du côté de la team "chapitre". J'ai besoin de lire au rythme des numéros individuels, et de savoir quand est-ce qu'il s'agit d'un cliffhanger, ou non.

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

- Du grand spectacle
- Les thématiques féministes et d'acceptation de la différence
- Les références et hommages au genre
- Le dessin qui se lâche, avec beaucoup de maîtrise

LES POINTS FAIBLES

- Les combats prennent le pas sur l'approfondissement de l'histoire
- Une fin qui tombe un peu dans la surenchère

 

3.5

Oubliez Godzilla vs Kong, c'est Big Girl vs Jack !

Conclusion

Jason Howard se fait plaisir avec Big Girls et nous offre un titre détonant, dont la mise en scène est aussi efficace que les combats sont impressionnants. Il n'en oublie pas pour autant d'apporter de la substance à son récit, mais tombe dans quelques travers imputables à une première œuvre en solo.

 

 

 

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