John Layman & Rob Guillory s'associent pour créer un héros et une série tout à fait originale. La « cibopathie » (le traçage psychique de tout ce qu'il ingère) de Tony Chu permet de le confronter à des situations toutes
L'inspecteur Tony Chu possède un don pour le moins étrange : il est cibopathe. Cela signifie qu'il est capable de retracer psychiquement la nature, l'origine, l'histoire, et même les émotions, de tout ce qu'il mange. Ce qui ne l'empêche pas d'être aussi un policier tout à fait respectable... lorsqu'il ne goûte pas à la victime d'un meurtre afin de découvrir l'identité du coupable et ses motifs.
Contenu vo : Chew #1-20

  • Uraphire
    Uraphire Staff MDCU

    il y a 3 mois

    Réédition en intégrale d'une série des plus loufoque et hilarante à lire. Surprenant par ses situations et ses personnages extravagants avec des pouvoirs sur la nourriture tous plus déconcertant les uns que les autres. La série a aussi une histoire intéressante à raconter, captivante à suivre et sait être sérieuse quand il le faut. Les dessins de Rob Guillory au style cartoon bénéficient à l'ambiance en renforçant les situations comiques du titre.

Delcourt fait dernièrement le choix de rééditer plusieurs de ses séries en intégrales. Tony Chu en fait partie, et le premier volume est sorti il y a peu. L’éditeur lui a donné le petit sobriquet de Gargantuesque Edition, et à première vue, le nom est plutôt bien trouvé.

Déjà l’album est très épais. Il contient en effet pas moins que les quatre premiers tome de la série telle qu’elle a été publiée avant. Forcément, ça impressionne. En terme de fascicules américains, il contient les 20 premiers numéros de la série. Mais outre ce nombre de pages conséquent, le format est plus grand que les précédents albums. Enfin, la présence de pages bonus à la fin, notamment des couvertures mais surtout un carnet de croquis très intéressant, complète le monstre.

Tony Chu est cibopathe, c’est-à-dire qu’il voit l’histoire de ce qu’il ingurgite. Du coup, il va avoir tendance à éviter de manger de la viande, pour ne pas assister à ce qu’a subi l’animal avant sa mort. Un seul aliment ne lui fait pas d’effet : la betterave. Mais Tony Chu est aussi un flic. Il est donc facile d’imaginer en quoi son pouvoir peut lui être utile dans ses fonctions. Par exemple, au début de la série, on le voit manger une soupe. Le cuisinier, en la préparant, s’est coupé et y a versé un peu de sang. Chu en le buvant a donc vu son histoire, et il se révèle être un tueur en série.

Suite à cette arrestation, Tony Chu se fait remarquer et est embauché à la RAS (Répression des Aliments Stupéfiants), une agence gouvernementale américaine. Il faut savoir que dans le monde de Tony Chu, il y a quelques originalités. D’abord, certaines personnes ont des pouvoirs liés à la nourriture. Par exemple, Amelia Mintz est saboscrivneuse : elle décrit tellement bien la nourriture à l’écrit que le lecteur en sent le goût. L’autre chose, c’est qu’une sévère grippe aviaire a sévi, tellement que le poulet est devenu un aliment interdit. Cet état crée des tensions, et certains critiquent ce choix d’interdiction, jusqu’à se rebeller.

L’univers de Tony Chu est cohérent bien que caricatural. L’humour et le second dégré sont très présents, et l’histoire qui nous est racontée est parfois complètement déjantée. Malgré le ton léger, le thème central de la nourriture rend certains passages répugnants. Forcément, Tony Chu se retrouve à devoir manger un cadavre pour découvrir ce qui lui est arrivé. Heureusement, l’humour sous-jacent et constamment présent permet de désamorcer le malaise.

La structure du récit de John Layman suit celle d’une série de comics classique. Un chapitre raconte bien souvent une histoire, mais certains évènement en fond vont se révéler importants pour la suite. Certaines pistes scénaristiques sont abandonnées un temps pour être repris plus tard. Tout étant très bien construit, la lecture est agréable, et sans temps mort. Delcourt a gardé la séparation en livre, l’album contient donc 4 livres de 5 chapitres. Plusieurs intrigues s’enchevêtrent les unes aux autres, tout en restant très cohérent. Vers la fin de l’album, la série va prendre une tournure assez différente, avec un aspect cosmique et des enjeux soudainement plus importants. La force de la série est de nous proposer des histoires courtes loufoques, mais aussi de grands mystères. La montée en puissance de l’album nous donne qu’une envie : lire la suite.

Les dessins de Rob Guillory sont dans un style cartoon, mais bien spécifique à l’artiste. Au début un peu délicats à savourer, ils deviennent agréable au fur et à mesure de la lecture. Le concept de la série n’aurait pas pu avoir d’autres dessins et garder son ton humoristique. Le style graphique colle donc parfaitement au récit. Si vous voulez passer un bon moment, la série a de très bons arguments, notamment son humour malin sur une intrigue intéressante. Le format en intégrale est une très bonne idée, car si le plaisir de la découverte est présent dès le premier livre, la série commence à révéler son potentiel dans la troisième partie. Cette édition s’annonce comme la version ultime de cette série atypique.

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

- L'humour
- Les idées
- La richesse des histoires

LES POINTS FAIBLES

- Univers particulier

 

4.5

Bon appétit

Conclusion

Tony Chu est une excellente série, bourrée d’humour et rebondissements, et cette édition est probablement la meilleure.