• Julien
    Julien Staff MDCU

    il y a 5 jours

    Entre Stephen King pour l’histoire et John Carpenter pour sa mise en scène, Automnal s’inspire des grandes références de l’horreur et apporte une nouvelle pierre à l’édifice, n’ayant pas à rougir de se placer aux côtés de ces grands noms. Une vraie réussite qui nous hante encore après avoir tourné la dernière page, et un immanquable pour tous les fans du genre. 

Le nouvel éditeur 404 Comics, récemment arrivé sur le marché français du comics, continue de sélectionner les œuvres de son catalogue avec justesse et inspiration. Après du strip avec Dunce, du blockbuster avec Big Girls, un conte initiatique avec La Fleur de la Sorcière et un Jonna porté par le talentueux Chris Samnee, le label change encore de registre et nous plonge dans l’horreur avec Automnal. Publié par l’éditeur américain Vault Comics, le titre de Daniel KrausChris Shehan et Jason Wordie est disponible depuis octobre dernier.

S’il y a une chose que l’on aime dans les récits d’horreur, ce sont bien les clichés. Ils peuvent avoir une connotation négative dans beaucoup d’autres genres ou œuvres de fiction, mais en horreur, on s’y accroche dur comme fer. C’est ce qui rend ce genre si plaisant et réconfortant, qui fait qu’on aime s’y replonger, retrouver ses sentiers battus, ses petites habitudes. Peu de surprises, peu de folie, les schémas restent les mêmes, la construction des histoires aussi. Dans un slasher, on s’attend à voir un groupe de jeunes bien trop insouciants se faire massacrer les uns après les autres. Dans du gore assumé, on s’attend à ce que les auteurs fassent preuve d’originalité dans les morts et repoussent encore plus loin les limites du soutenable. Dans un récit plus fantastique, misant plus sur l’ambiance et la mise en scène, on s’attend à découvrir une petite ville du fond des États-Unis dans laquelle se déroule des choses étranges et malsaines, et notre personnage principal qui y débarque et découvre l’horreur qui s’y cache en même temps que nous. Et c’est bien ce troisième cas de figure auquel nous avons droit avec Automnal. Kat et sa fille Sybil débarquent à Comfort Notch pour démarrer une nouvelle vie, après avoir hérité de la maison de la mère récemment décédée. La ville au plus bel automne d’Amérique, confortable et rassurante, en tout cas jusqu’à ce que les feuilles en nombre se mettent à se comporter bizarrement, et qu’une ancienne légende refait surface. Toutes les bases dignes des plus grands récits d’horreur sont installées avec maitrise dans les premiers chapitres. On plonge dans ce récit d’horreur à la fois nouveau et très familier, comme Kat et sa fille se laissent bercer par le confort apparent de leur nouvelle ville.

Les personnages font une bonne histoire. Vous pouvez avoir les meilleures idées d’intrigues, ou les meilleurs retournements de situation, si les personnages ne sont pas à la hauteur, pas assez humains, pas assez attachants, ou tout simplement pas assez développés ; vous courez à l’échec. Daniel Kraus l’a bien compris et en fait le cœur de son récit. Il prend vraiment le temps d’installer ses personnages dans les premiers numéros, de présenter leur situation avant que l’histoire ne se lance vraiment, de travailler la relation entre la mère et la fille, qui sera la clé tout du long. Les personnages secondaires sont également traités avec beaucoup de respect et ont chacun leur place et leur rôle à jouer. Le rythme en est finalement assez lent, posé, et c’est ce qui en fait toute sa qualité. On est bercé dans le confort de l’histoire, dans le fait de suivre ces personnages et de les voir évoluer, et on se retrouve réveillés par à-coups lorsque l’étrangeté, voir l’horreur, pointe le bout de son nez. La narration monte crescendo jusqu’au grand final prenant et bouleversant, et on nous laisse sur une note douce-amère, presque cynique. Encore une fois, la signature des grands récits d’horreur.

Nous parlions plus haut de récit misant sur l’ambiance et la mise en scène, les auteurs ont bien compris qu’il s’agit du cœur des vraies bonnes histoires fantastiques et/ou d’horreur, et ils mettent le paquet. C’est d’ailleurs sans doute ce que l’on retiendra le plus à la lecture de ce titre, son ambiance folle. La thématique est annoncée dès le titre, c’est l’automne, c’est la couleur orange et les feuilles qui tombent des arbres pour recouvrir un monde qui commence doucement à se figer en prévision de l’hiver. Dans ce sens, les couleurs de Jason Wordie sont absolument remarquables et jouent un rôle primordial dans la création de cette ambiance qui nous attrape d’entrée pour ne plus nous lâcher. Bien sûr, la mise en scène de Chris Shehan est tout aussi importante et inspirée. Si le rythme est lassant, il l’est bien volontairement, et cela demande une certaine maîtrise de la narration. Le dessin est superbe avec un trait fin et travaillé, mais qui donne une impression « brute », presque sauvage, qui colle parfaitement au genre. L’horreur est amenée par petite dose, se fondant dans la normalité, brouillant les lignes, exacerbant d’autant plus l’étrangeté du récit. Ce qui à mettre au crédit du scénario et du dessin, ou tout simplement de l’excellente complémentarité entre les auteurs. 

En Résumé

 

LES POINTS FORTS

- L'ambiance
- Les personnages
- Tous les codes du genre
- La mise en scène
- Les couleurs

LES POINTS FAIBLES

-

 

4.5

Déjà un classique de l'horreur !

Conclusion

Entre Stephen King pour l’histoire et John Carpenter pour sa mise en scène, Automnal s’inspire des grandes références de l’horreur et apporte une nouvelle pierre à l’édifice, n’ayant pas à rougir de se placer aux côtés de ces grands noms. Une vraie réussite qui nous hante encore après avoir tourné la dernière page, et un immanquable pour tous les fans du genre.