Urban Comics

[Review] Tout ce qui meurt et agonise

Edité par Urban Comics

Une fois n'est pas coutume, vous avez droit à une deuxième review aujourd'hui. Cette fois, il s'agit de Tout ce qui meurt et agonise, écrit par Tate Brombal et dessiné par Jacob Phillips. Edité par Urban Comics, il est sorti le 28 septembre pour 21.50€. Il contient les titres US Everything Dead & Dying #1-5.

Jack Chandler est le dernier survivant d'une effroyable apocalypse zombie qui a bouleversé le monde. Mais plutôt que d'éliminer les morts-vivants ou de fuir pour sa vie, Jack a choisi de continuer de vivre au sein de sa communauté agricole rurale — en particulier auprès de son mari et sa fille adoptive, eux-mêmes contaminés. Mais lorsque des chasseurs de zombies débarquent en ville avec la ferme intention de la purifier, Jack devient soudainement le seul obstacle entre les membres de sa famille... et ceux qui espèrent les tuer une bonne fois pour toutes.

...Ce n'est pas comme ça qu'on aime, Jack.

Entre le titre et la cover, il n'y a que peu de place au doute. Il va y avoir des morts et un rapport très particulier avec ces derniers va être mis en avant. En ce sens, on retrouve un peu l'approche de Robert Kirkman sur Walking Dead. C'est-à-dire que vous avez des zombies, oui, mais les utilise avant tout en tant que toile de fond. Ici, le plus important, ce sont les vivants et comment ils vivent la chose. Pour tout ce qui meurt et agonise, on peut même dire que l'on va un peu plus loin dans un sens grâce au remarquable travail qui a été mis en place pour donner une véritable toile de fond à l'oeuvre. Contrairement à l'oeuvre de Kirkman où on connaissait de nombreux personnages, ici, on connait moins de personnages mais on connait le village, ses moeurs, son état d'esprit. On sait quel est le lien entre Chandler et ses congénères. C'était déjà très bien écrit avant la catastrophe et c'est d'autant plus poignant une fois que l'on bascule dans le morbide.

Bien évidemment, au-delà de l'histoire de zombies, c'est surtout la relation au deuil qui est intéressante. Tout ce qui meurt et agonise, c'est avant tout l'histoire d'un homme coincé dans le passé parce qu'il n'est tout simplement pas prêt à accepter la réalité à savoir la perte de ses proches. En ce sens, il rejoint les oeuvres du type "Je suis une Légende" et dans lesquelles le personnage principal fait comme si les adversités n'avaient jamais eu lieu afin de ne pas sombrer dans la folie. En ce sens, le coeur de l'oeuvre est loin d'être nouveau. Par contre, mis en scène de la sorte avec cette idée de zombie que l'on côtoie, ça, non seulement c'est nouveau, mais c'est également un véritable tour de force.

L'autre aspect à prendre en compte est également le lien entre Jack Chandler et les vivants. Au final, il se sent plus proche des morts que des vivants. C'est intéressant car, d'un côté, les morts sont dangereux. D'un autre côté, l'auraient-ils été si les vivants n'avaient pas mis le boxon dans la vie de Chandler ? Les autres vivants sont-ils les sauveurs ? Est-ce que tout est parti en sucette parce que Chandler les a rejeté ? Ou Chandler aurait-il vraiment pu vivre heureux avec les morts jusqu'à la fin de ces jours si les autres vivants n'étaient pas intervenus ? Sachant que votre expérience de lecteur joue beaucoup également. Chandler est écrit de façon à ce que l'on se pose ces questions mais le revers de la médaille est que l'on peut trouver le personnage têtu. Mais un peu comme Lilou dans C'est maintenant, nous ne sommes pas à la place du personnage. Le jugement est donc bien facile.

 

J'ai pris l'habitude de me détourner du seigneur et des lois des hommes.

Par contre, pour ce qui est de la partie graphique, il est difficile de ne pas apprécier. Les dessins de Jacob Phillips contribuent énormément à l'atmosphère de l'ouvrage et ce, que cela soit lors des moments pensants ou lors des moments plus légers. Ceci est notamment dû à l'approche très réaliste que propose Phillips et qui accompagne merveilleusement bien l'ouvrage qui, malgré l'utilisation de zombies, a pour objectif de parler de l'être humain, de ses émotions et, bien sûr, de son rapport à la mort. Sur ce point, on n'est pas si éloigné de ce que Charlie Adlard avait d'ores et déjà proposé quelques années plus tôt pour le Walking Dead de Kirkman (oui, encore une comparaison à Walking Dead mais il est assez difficile de faire autrement).

En bonus, vous trouverez un article de Tate Trombal intitulé La vie, encore et toujours ainsi que les covers et variant covers. Dans cette partie, on a pas mal de dessins assez incroyables mais bon, quand on propose Jeff Lemire, Michael Walsh, Sean Phillips, Dani, Jordie Bellaire, Charlie Adlard ou encore Josh Nixon, c'est presque de la triche.

 

En Résumé

Points forts

- L'idée générale
- La relation au deuil
- Un titre édifiant... et perturbant
- La partie graphique

Points faibles

- Les réactions de certains personnages peuvent paraître extrêmes.
4/5

Un titre osé, assez unique en son genre et à la partie graphique irréprochable.

Jeff

Fondateur de MDCU, ancien présentateur de l'émission Côté Comics, maître de conférence depuis 2010.

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