C’est la fin de cette longue odyssée avec la dernière partie se concentrant sur Brian Michael Bendis. Ce n’est malheureusement pas le meilleur run à lire avant la mort de l’équipe dans le numéro suivant. L’occasion aussi de faire un petit bilan sur le titre Justice League et ses défis futurs.
Nombre de numéros : Justice League #59-74, Justice League 2022 Annual #1.
Membres importants : Batman, Superman, Hippolyta, Flash (Barry Allen), Aquaman, Hawkgirl (Kendra Saunders), Green Arrow, Black Canary, Black Adam & Naomi.
Auteurs : Brian Michael Bendis.
Dessinateurs Principaux : David Marquez, Phil Hester & Emanuela Lupacchino.
Durée : mars 2021-mars 2022 (1 an).
Où trouver en VF : Inédit en VF.
Dernière période qui est intéressante à analyser pour tous les éléments qu’elle a dû prendre en compte et pour les idées de son auteur, mais qui sera aussi peu mémorable que la période précédente. À bien des égards, cette période est une succession d’occasions manquées, tellement elle présente du potentiel après une période où le titre fut sans direction et aurait pu partir vers de nouveaux horizons.
La première occasion plus ou moins manquée, c’est la composition de l’équipe. On quitte le traditionnel Big Seven qu'on mange depuis les New 52. Certains membres classiques ne sont pas présents, à cause, des événements de leur propre série (John Stewart, qui était le Green Lantern actuel de l’équipe, était bien occupé dans son titre avec la destruction de la Batterie Centrale qui alimente les anneaux, Cyborg qui était un membre fondateur de la Justice League dans les New 52 a rejoint l’académie des Titans, Martian Manhunter s’occupe de la Totality, Wonder Woman est considérée comme morte à ce moment-là, etc.). On a le retour d'anciens membres que l’on n’avait pas vu depuis un moment (le couple Green Arrow et Black Canary). Enfin, on a des nouveaux membres qui apportent un vent de fraîcheur à l’équipe (Hippolyta, Naomi et Black Adam). Au final, on se retrouve avec une composition d’équipe plus atypique même si pas toujours justifiée.
L'équipe au complet (sans Flash le grand oublié des couvertures du run)
En effet, l’un des problèmes de cette nouvelle version de l’équipe, c'est son scénariste principal, que j’ai surnommé le diable des longs dialogues indigestes : Brian Michael Bendis (Alias BMB). Auteur légendaire derrière des runs adulés comme Ultimate Spider-man et Daredevil. L’auteur qui a remis en avant les Avengers pour en faire l’équipe phare à suivre, et à la tête de la majorité des events Marvel des années 2000. Le créateur de personnages appréciés et adaptés sur les écrans comme Jessica Jones et Miles Morales. On aurait pu croire qu’il serait l’auteur idéal pour donner un nouveau souffle à l’équipe ! Que nenni ! Rapidement, on se rend compte que ce n’est pas le cas.
Déjà l’auteur n’est plus aussi efficace qu’avant dans son écriture. On pourrait penser que l’éditorial l’empêche de faire ce qu’il veut réellement, comme ça peut-être le cas ailleurs pour d’autres auteurs sauf que même pas, vu le manque de contrôle éditorial par moment. Par exemple, quelque chose que j’ai omis de préciser, mais c’est la présence de Flash/Barry Allen dans l’équipe. Dans certaines interviews, l’auteur a été étonné que DC omette sa présence dans l’annonce de l’équipe. Ceux qui ont lu Infinite Frontier savent que Barry Allen était indisposé pour un moment. Eh bien Bendis n’en a rien à carrer puisqu’il continue à apparaître des mois après sa disparition. On peut toujours dire que ça se passe avant son absence, même si ce n’est pas cohérent au niveau de la temporalité avec les autres titres DC. Enfin bon, Bendis finit par prendre en compte cette information en remplaçant Barry Allen par Wally West, même si cela ne semble pas acquis, car on remarque que l’éditorial a du passé là-dessus.
Une image crayonnée où on voit clairement le costume de Barry Allen, puis la même image, mais cette fois, c’est le costume de Wally West
Sur ce point, on peut reconnaitre que l'éditorial impacte la composition de l’équipe au cours du run de Bendis.
Dès le début, c’est DC qui avait suggéré de mettre Black Adam dans l’équipe, car il allait y avoir un film bientôt et donc il fallait le mettre en avant. Une idée que l’auteur a accepté pour le challenge que ça peut représenter d’intégrer le personnage dans l’équipe. L’idée semble très étrange vu les confrontations passées qu’a Black Adam avec la Justice League, surtout lors d’Endless Winter où il n’était pas en très bon terme avec l’équipe, il y a tout juste trois mois.
Bendis propose une raison cohérente pour son invitation dans l’équipe même si au final, on est loin du caractère violent et anti-héros dépeint dans les comics précédemment. Ici, on joue plus sur son côté ancien, presque mélancolique et sa volonté de changer pour devenir un vrai héros. Honnêtement, le temps de quelques dialogues, la version de Bendis fonctionne bien. On y croit un peu, si on n’a pas en tête les précédentes apparitions du personnage.
Les autres personnages qui profitent d’une mise en avant sont Naomi (qui pour le coup n’est pas une idée de Bendis de l’ajouter, mais une suggestion qui lui a été faite de mettre sa création dans l’équipe) où ce run constitue mine de rien une suite à la mini-série Naomi le temps que la saison 2 arrive. Elle est la débutante de l’équipe. Ses capacités vont être révélées au fur et à mesure du run pour montrer à quel point elle est géniale. Donc si on est attaché au personnage et à sa candeur, on peut être touché, sinon on s’en fout un peu. Car honnêtement, la présence de Naomi dans l’équipe ne semble jamais réellement cohérente dans l’univers DC, quand il existe une académie dédiée aux jeunes Super-héros (Au hasard, Teen Titans Academy).
Quant à Hippolyte, c’est la déesse/asgardienne du groupe (sérieusement, elle se met à causer comme une asgardienne, même la police d’écriture est calée sur celle du peuple d’Asgard chez Marvel. Alors que Wonder Woman a une police d’écriture normale et qu’Hippolyte n’a jamais parlé comme ça avant). Elle rejoint l’équipe pour perpétuer l’héritage de sa fille et comprendre son rôle parmi les hommes. Mais honnêtement, elle sera caractérisée comme la guerrière du groupe pour le reste de son temps de présence. Son autre utilité, c’est d’être celle qui aura des doutes sur la sincérité de Black Adam de changer et verra son opinion changée (mais sera vraiment vue pour seulement deux scènes).
Pour le reste de l’équipe, les caractérisations sont très classiques, même basiques : Flash c’est le scientifique et comique du groupe, Batman le détective et meneur (même si son rôle est assez effacé comparé à d’autres héros, c’est suffisamment rare pour le noter), Superman, c’est l’optimiste, etc.
Le couple Green Arrow et Black Canary est mis en avant pendant le run, notamment l'archer vert qui finance l’équipe et le Hall de Justice, qui aura son importance le temps d’un arc.
Autre exemple qui montre que l’éditorial semble n'en avoir rien à foutre, c’est la présence d’une page résumée (Recap Page en VO) au début de chaque numéro, chose propre à Marvel, mais pas chez DC. Dan Didio, l'ancien éditeur en chef de DC, avait dit que son objectif était de ne plus en avoir. Depuis son départ, il arrive que quelques comics DC en aient désormais.
Mais du coup, que valent les histoires de ce run ? Honnêtement ? Pas grand chose.
Pour les intrigues, toutes sont en lien avec les créations de Bendis durant son temps chez l’éditeur. Il en profite même pour donner suite à des histoires qu’il a écrit dans d’autres titres, que ce soit en impliquant des vilains créés dans son run sur Superman, des tie-ins, la mini-série Checkmate… des fois le tout en même temps !
L’auteur est très auto-centré autour de ce qu’il a créé chez DC. On peut limite voir le titre comme son testament chez DC et qu’il cherche à boucler les intrigues qu’il avait lancées dans d’autres titres (Superman, Legion of Super-heroes, etc. )
Toutes des menaces en lien avec Bendis
C’est souvent sans intérêt, car l’auteur n’arrive pas à nous impliquer dans ses histoires et ce, pour plusieurs raisons :
Déjà la narration présente le même problème que pouvait avoir le run de Scott Snyder sur le titre, mais en PIRE. Il y a beaucoup trop de bulles de dialogues, et souvent, c’est pour ne rien dire.
On retrouve le style de Bendis dans les dialogues avec des dialogues humoristiques ou ironiques… comme on pourrait en trouver dans les films du MCU. Mais certains dialogues sont navrants ou sont bizarres à lire. Franchement, est ce qu’un éditeur fait gaffe à ce qu’il publie ? Je pourrais faire une compilation des dialogues que je trouve très étranges de la part des personnages. Avec une blague récurrente des toilettes dans les dialogues (il faut croire que c’est amusant pour lui)
Superman...sérieux ?
Alors autant lire le premier arc ça passe. L’histoire reste lisible, c’est plutôt sympa à suivre grâce aux nouvelles idées évoquées pour changer la perspective de l’équipe, mais l’illusion est présente grâce au formidable David Marquez au dessin. Il a une composition des pages et des personnages qui est majestueuse. Avec lui, l’action est épique à regarder avec des doubles plages sublimes à mettre en fond d’écran.
Alors je ne veux pas dire non plus que les dessinateurs suivant sont moins bons. Ils sont bons (Très bons aussi sur d’autres titres), mais ça n’a pas le même impact qu’un David Marquez. Quand on passe derrière lui, la comparaison fait mal.
La majorité des histoires du run sont sans prétention, elles ne réinventent pas la roue, ce qui fait du bien après le run de Scott Snyder qui atteignait des sommets cosmiques en terme d’enjeux. C’est bien, mais en même temps, si c’est pour nous servir des menaces inintéressantes à suivre où l'auteur ne nous implique pas dans l’histoire, merci, mais non merci. Il n’y a pas de sentiment de danger quand l’équipe affronte ces menaces Je faisais référence au MCU plus tôt, ici, c'est pareil. Les intrigues de Bendis sur la Justice League font très MCU. Une histoire sans trop d’importance, avec de l’action et de l’humour pour faire passer un bon moment à la lecture, mais qu’on oublie assez rapidement. Aussi, on peut avoir plein de questions si on s’attarde trop à la lecture, si on est tatillon sur les détails de la continuité DC ou de cohérence qui peuvent nuire à la lecture.
Pour nuancer quand même, tout n’est pas à jeter non plus.
Comme très souvent, Bendis part sur une bonne base. C’est intéressant que l’équipe veuille se réinventer pour être plus proche de la population, ne pas être juste des icônes et des symboles. Changer la perspective de l’équipe en ajoutant de nouveaux membres qui pensent différemment. L’idée est bonne, et quand il tente de l’exploiter à travers Black Adam, on a des dialogues intéressants.
Les rares bons moments du run
Autre élément intéressant, l’auteur met en avant le côté proche de la population avec plusieurs scènes où l'équipe interagit avec les civils, mettant l'emphase sur le partage, le bonheur, des fêtes, des dédicaces, bref, des super-héros proches de peuple, chose qu’on n’a pas toujours vu avec l’équipe depuis un moment.
Enfin, un petit mot sur l’annual qui est à placer entre le numéro 71 et 72 et qui réintroduit Wonder Woman dans l’équipe, toujours avec ce ton humoristique qui fonctionne une fois sur dix, et surtout qui sert de prologue à la mini-série JL vs LOSH (une belle arnaque en rétrospective à lire).
Au final, ce run constitue une occasion manquée. Il se différencie des runs précédents, mais pas forcément en mieux. Je l’ai évoqué plus tôt, il y avait des bonnes idées en changeant la composition de l’équipe, en voulant réinventer ses objectifs et en ayant des enjeux moins cosmiques.
Malheureusement, Bendis n’est pas le scénariste qu’il était sur New Avengers (qui déjà sur le long terme perdait en qualité d’écriture à l’époque). Ce titre se révèle au final comme le chant de cygne de l’auteur chez DC. Sans compter que dès le numéro suivant, l’équipe est tuée, montrant à quel point l’éditeur n’en avait plus rien à faire de l’équipe à ce moment-là.
C’est ainsi que se termine cette rétrospective sur l’équipe, mais du coup quel bilan en tirer ? Il serait temps pour ce dossier qui a autant de décalage que le film Les Nouveaux Mutants.
En plus de 10 ans, l’équipe en a traversé des épreuves et des changements. Que ce soit pour le meilleur, comme pour le pire. Le titre a connu des périodes de qualités, comme de désintérêt total où même l’éditeur ne savait pas trop quoi faire du titre. En soit, comme pour n’importe quel titre de comics, me direz-vous. Pourtant, je pense que le titre aurait pu être mieux gérer certains aspects.
Personnellement, je verrais deux gros soucis :
Déjà, je trouve que l'équipe n’a trop modifier sa composition qui est restée très classique au final. On est loin des Avengers qui sur la même période (2011 à 2022) présentent plus de changement dans les différentes incarnations malgré quelques constantes (Iron Man, Captain America et Thor). Avec la Justice League on a du mal à se détacher du Big Seven, qui est resté prépondérant, et offre moins de libertés ou de diversités pour l’écriture.
Alors, c’est logique qu’on mette les super-héros les plus importants et connus de l’éditeur, pour ce qui est sensé être la plus grande équipe de Super-héros, mais je trouve qu’on peut avoir moins de libertés ou de surprises, les personnages ayant leurs séries régulières à côté, c’est dans ces titres que vont se passer les évènements les plus importants pour ces personnages, et souvent ce sont des personnages dont on a vite fait le tour.
C’est ce qui faisait le charme des anciens titres Justice League, qui mettait en avant d’autres Super-héros moins connus. Notamment pendant la période Justice League International qui a permis à certains personnages de gagner en popularité (Booster Gold, Blue Beetle, Fire & Ice, etc.), et surtout on peut faire subir des évènements importants à des personnages qui n’ont pas de titres à côté. Ce qui permet de créer un peu plus de surprises que d’avoir Batman qui se fait péter les 4 membres, Oh lala ! Va t'il retrouver l’usage de ses membres ? (Spoiler : Oui)
L’autre gros souci ce sont les menaces, si on qualifie l’équipe des plus grands super-héros de la terre, en toute logique ils doivent affronter des menaces impossibles, très puissantes, mais ça a une limite aussi de devoir augmenter les enjeux à chaque fois. Certaines menaces deviennent moins impressionnantes comparé à d’autres menaces, et on lit avec moins d’intérêt les menaces auxquelles l’équipe fait face. On a moins de crainte pour l'équipe. Il y a un sentiment de surenchère dans certains runs qui peuvent être fatigants. C’est le cas avec le run de Scott Snyder. C’est ce qui fait son charme, mais par moments on ne peut s’empêcher d’être exaspéré par les dimensions que prennent les menaces, surtout quand on tombe ensuite sur des menaces de moins grandes envergures on a du mal à croire que l’équipe ait du mal à les vaincre.
Qu'espérer pour l’avenir de l’équipe ? En France le nouveau titre Justice League Unlimited est sorti depuis quelques mois, montrant la nouvelle direction qu’à pris l’équipe depuis plus d'un an en VO. Mark Waid a la bonne idée de réinventer l’équipe avec la possibilité que n'importe quel super-héros puisse la rejoindre.
Ça donne une autre envergure à l’équipe qui devient plus une organisation qui protège la terre. L’idée à le mérite de mettre en avant d’autres héros un peu délaissés par l’éditeur. Sans compter que le titre redevient central pour DC, avec plusieurs titres qui découlent du nouveau statut de la ligue de Justice permettant d’explorer certains aspects de ce statu-quo. Maintenant il faut voir combien de temps DC va laisser cette situation durer, affaire à suivre !

















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