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[Review] La ville dont il ne reste rien

Edité par Pictavita

La review du jour est un titre proposé par Pictavita. Il s'agit de La ville dont il ne reste rien écrit réalisé par Valentina Grande et Sergio Varbella. Il est sorti le 3 juin 2026 pour 25€.

Un thriller psychologique questionnant la mémoire et la collaboration au lendemain de la seconde guerre mondiale... Vienne, 1950. Fritz mène une vie morne est solitaire qu'il occupe entre son travail d'employé de bureau et la confection de la maquette de Vlastrod, son village natale, rasé durant la guerre, en représailles à des actions de résistance. Seul survivant, Fritz s'est donc donné pour mission de faire perdurer la mémoire du village à travers sa version miniature... et de découvrir ce qui a pu rendre une telle catastrophe possible. Mais bientôt, la découverte d'une autre survivante va ébranler les certitudes du jeune homme... Avec Dont il ne reste rien, Valentina Grande (Les Nageuses de minuit, Bauhaus...) et Sergio Varbella (Bauhaus) livrent un thriller psychologique haletant et déroutant inspiré du massacre du village de Lidice durant la Seconde Guerre mondiale.

Il était une fois une ville... avec des maisons et des gens... un matin, elle fut entourée par des chars et des camionnettes pleines de soldats...

La ville dont il ne reste rien... Si le titre de la BD et sa typographie ne sont pas assez évidents, vous avez encore la cover pour comprendre qu'avec cet ouvrage, on ne va pas beaucoup rigoler. Fritz est l'un des deux seuls survivants de la ville de Vlastrod, rasée par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Depuis de nombreuses années déjà, il réalise une maquette afin de reconstituer la ville perdue. Son but ? Difficile à dire. Peut-être même que Fritz ne le sait pas vraiment non plus. Lui, il explique que c'est pour "ressusciter". Elle, bien sûr, ne le voit pas de cet oeil. Alors, un travail de mémoire, peut-être ? Une sorte d'hommage ? Mais comme le souligne Nora, n'est-ce pas étrange que cela soit lui qui fasse perdurer la mémoire de la ville, lui qui n'était justement pas présent ce jour là ? Vous l'aurez compris, il n'y a pas que la ville qui est perdue. Fritz l'est tout autant. Processus de reconstruction, syndrôme de culpabilité du survivant, remords... Fritz a beau avoir survécu, il est bien mort ce jour là, lui aussi.

La maquette censée représentée la ville est incomplète. Approximative. La faute à la mémoire de Fritz. Incomplète. Approximative. Fritz en a-t-il conscience ? Ces points d'interrogations placés à de nombreux croisements de la ville qui symbolisent autant de trous de mémoire, pense-t-il réellement être capable de les retirer un jour ? Et est-ce véritablement le plus important dans cette histoire ? Ou est-ce que le personnage s'est volontairement enfermé au sein d'une tâche impossible à réaliser ? Et si tel est le cas, est-ce un exutoire... ou un supplice ?

La ville dont il ne reste rien aborde de nombreux thèmes et soulève de nombreuses questions de ce type que le lecteur va devoir se poser pour tenter de cerner la personnalité complexe de Fritz. Ces questions se posent au fur et à mesure que l'intrigue se dessine devant nos yeux. Certaines trouveront des réponses, d'autres non. Voilà ce que vous propose de la plus belle des manières Valentina Grande à travers cette bande dessinée. C'est une histoire forte, poignante et à la fin douce-amère qui mise plus sur la construction des personnages plutôt que sur les retournements de situation.

 

Je crois être mort ce jour-là. Avec la maquette, j'essaie seulement de ressusciter.

Pour ce qui est de la partie graphique, nous avons quelques éléments qui auraient peut-être mérité une attention supplémentaire. C'est le cas des visages des personnages pour lesquels le dessinateur Sergio Varbela est parfois avare en détails. La page 45 en est un bon exemple. Sans aller jusqu'à parler de fausse note, Fritz semble y être dessiné de manière assez simplifiée. Un fait assez amusant lorsque l'on voit, toujours sur la même planche, les motifs du carrelage de la salle de bain sur lesquels Varbella a dû passer un temps fou. A l'inverse, on peut aussi trouver d'excellentes choses dans cet ouvrage. La ville (ou même les décors au sens large) est superbe, tout comme la maquette d'ailleurs. C'est peut-être le point de cet ouvrage : l'architecture. Ajoutez à cela une réelle réflexion sur la mise en scène (comme les pages 104 et 105 pour ne citer qu'elles), une colorisation simple et efficace et vous avez une partie graphique plutôt solide.

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En Résumé

Points forts

- L'écriture des personnages
- Les nombreuses questions soulevées
- Les dernières planches
- La partie graphique notamment tout ce qui touche à l'architecture

Points faibles

- Le visuel des personnages qui semble parfois simplifié
4/5

Une histoire forte, poignante et à la fin douce-amère.

Jeff

Fondateur de MDCU, ancien présentateur de l'émission Côté Comics, maître de conférence depuis 2010.

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