Delcourt

[Review VF] Jinx

Le comics culte de Brian Michael Bendis

La review du jour est un titre proposé par Delcourt. Il s'agit de Jinx, écrit et dessiné par Brian Michael Bendis. Il est sorti le 26 février pour 32,50 euros.

Après TORSO, nous continuons d'explorer la bibliographie Polar de BRIAN MICHAEL BENDIS avec cette réédition augmentée de JINX, dans un joli pavé de plus de 400 pages au format Intégra.
Une chasseuse de primes, un escroc de bas étage et son acolyte incontrôlable forment une alliance improbable pour retrouver le butin ultime : une réserve cachée d'argent de la mafia (trois millions de dollars), indétectable et susceptible de changer leurs vies. Mais pour cet improbable trio, le vieil adage " plus d'argent égal plus de problèmes " va s'avérer prophétique.

Delcourt continue sa rétrospective sur Bendis, mais dans l’ordre inverse, puisque Jinx est normalement sorti avant Torso. Il s’agit en fait de l’ordre de réédition proposé par Dark Horse aux Etats-Unis en 2022. Du coup, après avoir eu Torso, nous avons Jinx, et nous aurons très bientôt Goldfish, prévu pour le 13 mai. Jinx est probablement le travail de Bendis qui a le plus marqué le début de sa carrière. Nous suivons trois personnages, deux truands et une chasseuse de prime, à la recherche d’un paquet d’argent.

Je ne rentrerai pas dans le détail de l’histoire, mais sachez que si vous avez vu Le bon, la brute et le truand, vous savez en gros de quoi ça parle. En effet, dans cet album, Bendis adapte le film de Sergio Leone, mais en le transposant dans un polar moderne. L’idée est amusante, et permet à l’auteur d’avoir le fond de son histoire pour bien travailler la forme.

Comme pour Torso, et peut-être comme tout ce qu’a écrit Bendis, la narration se base sur les dialogues. Un peu comme Tarantino, les joutes verbales sont bien écrites, et plutôt percutantes. Comme nous sommes dans les bas-fonds de Cleveland, le langage est celui de la rue, que la VF essaie tant bien que mal de retranscrire. Elle s’en sort correctement, avec des références bien adaptées, même si certains passages sont moins réussis.

Ce choix de narration fait ressortir deux défauts de l’album. D’abord, certains dialogues sont trop écrits, trop travaillés, comme si une réplique était donnée juste pour sa réponse. Et ensuite, il y a un impact sur le rythme de l’histoire. Certains passages, notamment au début, sont assez longs et on s’ennuie un peu. Heureusement, l’histoire finit par trouver son rythme, et le plaisir de lecture arrive.

Bendis a rapidement laissé tomber le dessin dans sa carrière, ce qui semble vouloir dire que ce n’est pas son fort. Pourtant son style se prête très bien à l’ambiance polar qu’il veut retranscrire, avec un noir et blanc bien travaillé. En fait, l’auteur se base sur des photographies pour faire ses dessins, comme les bonus l’expliquent très bien. Le défaut vient de la lisibilité. Il arrive plusieurs fois qu’on ne comprenne pas une scène, ce qui est assez embêtant, même si elles nous sont expliquées après.

L’auteur aurait pu mettre du texte explicatif, mais il ne le fait jamais. Les défauts de son dessin sont rattrapés par les dialogues, et la construction des planches. Déjà, il faut être attentif, car les répliques fusent, mais comme sur Torso, les bulles forment parfois un chemin à arpenter. Nous sommes à la limite du ludique. D'ailleurs, Bendis s’amuse aussi à changer de style par moment, ou à expérimenter quelques concepts. Par exemple, ne vous étonnez pas de voir un roman photo !

Là où Jinx se démarque du Bon, la brute et le truand, c’est le personnage féminin. Il y a toute une trame amoureuse en plus, parfois un peu lourde au début, mais bien mieux à la fin. L’album est généreux, propose beaucoup de choses, plus ou moins réussies, qu’on apprécie à parcourir. L’histoire a quelques raccourcis, et aurait pu être un peu plus resserrée par moment, mais reste une œuvre majeure de Bendis. Il est même possible de voir en Jinx du Jessica Jones, personnage Marvel qu’il a co-créé avec Michael Gaydos.

A la fin de l’album se trouvent aussi plusieurs pages très intéressantes de bonus. Outre des illustrations de différents dessinateurs, Bendis nous donne une rapide masterclass, pour nous expliquer comment il travaille, tout en donnant quelques conseils. Bref, si vous n’êtes pas allergiques à Bendis, foncez !

Si vous désirez vous procurer ce titre et soutenir MDCU par la même occasion, n'hésitez pas à passer par ce lien.

En Résumé

Points forts

Bon dialogues
L'ambiance
Construction des planches
Expérimentations

Points faibles

Problème de rythme
Peu lisible par moment
4/5

Si vous aimez le style Bendis, vous avez avec Jinx une de ses œuvres majeures. L'album est touffu, pas parfait, mais ses défauts participent à son charme, et tout le talent de l'auteur est présent.

Adrien L.

Attiré par le monde des comics depuis toujours, gros consommateur et lecteur depuis une vingtaine d'années maintenant. Cherche à transmettre sa passion par tous les moyens !

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