Clayface

Synopsis

L'ascension fulgurante de Matt Hagen, de gamin des rues de Gotham à star hollywoodienne, est brutalement interrompue lorsqu'un baron du crime le laisse atrocement défiguré. Abandonné de tous et n'ayant plus rien à perdre, Matt se tourne vers un traitement expérimental qui lui rend miraculeusement son apparence… mais altère profondément sa perception de la réalité. Il sombre alors dans une spirale destructrice, consumé par un irrépressible désir de vengeance.

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Les avis (1)

  • Faites la caisse Malentendu, épisode 14 : ceci n’est pas un film de super-héros « différent », juste parce qu’il se conçoit avec de la noirceur et de la violence… Ça, c’est plus des antihéros, ou éventuellement les vilains, mais après toutes ces années ça ne rentre pas dans la tête des critiques… Ni des producteurs ? Incompréhension, épisode 304 : dans les adaptations de héros DC, les scénaristes ne sont pas toujours motivés pour lire entièrement les comics qui devraient les inspirer, sauf s’il s’agit d’un recueil en album (du Frank Miller, du Long Halloween etc on revient toujours dessus). Et plusieurs fois ce sont de précédentes adaptations DC qui fascinent le plus les réalisateurs, en particulier les séries animées de Superman, Batman et la Ligue de Justice dans les années 90/2000. Au point d’en reprendre des bouts par ci par là, consciemment ou non… Mais hélas, pour ne jamais en faire de vrais remakes en action réelle, alors qu’il y a suffisamment de (formidable) matière là dedans pour alimenter une poignée de grands films ou séries. Le « Clayface » de James Watkins n’échappe pas à ça, et il n’y a aucun hasard à ce que Matt Hagen, l’incarnation choisie pour le grand écran (il en existe au moins 6 autres), ait été aussi la vedette de 4 épisodes de « Batman : la série animée ». 4 opus superbes, dont un double épisode introductif (« Bas les masques ») d’une richesse époustouflante, poussant loin les curseurs de ce qui était possible pour une série animée tout public : Série dans laquelle Batman pouvait passer au second plan sans perdre de sa force, et où plusieurs super-vilains étaient redéfinis comme des êtres tragiques… alors, en prenant ces caractéristiques au pied de la lettre, rien d’étonnant à ce que le producteur James Gunn ait accepté l’opportunité de lancer un opus solo, qui serait surtout un film d’horreur pas trop cher, servant de couverture chauffante au DC Universe en attendant de pouvoir utiliser son propre Batman… Et tant pis pour la puissance iconique. Tant pis aussi pour le potentiel scénaristique, d’autant que le film ne sera que moyennement effrayant, la faute à trop d’effets spéciaux numériques, souvent amusants (les diverses manières de tuer une personne avec ces pouvoirs), mais sans assez de matière et de poids (les changements de têtes express)… Et tant mieux pour tous les hommes frustrés, persécutés, malchanceux, qui se soucient beaucoup trop de ce qu’on pense d’eux, comme on l’a déjà vu avec « Joker » (qui avait toutefois plus d’effets physiques, plus de décrépitude, plus de violence psychologique). Précisons d’abord qu’il n’y a pas que le Body Horror qui a fait un retour en force ces dernières années, il y a aussi la critique de Hollywood (« The Studio », un « Wonder Man » déjà dans un univers super-héroïque)… Faire les deux en même temps c’est rare mais ça peut être cool, de « La Mort vous va si bien » à « The Substance »… Mais « Clayface » n’en fera presque rien (ça existe encore des films produits par la Mafia ?), son début ressemblant même à une comédie molle, neutre… informe. Si ça sert la structure d’un récit qu’on imagine subir autant de mutations par la suite, ça dessert le film en tant qu’adaptation sise dans un univers super-héroïque, qui bénéficie même de l’apparition tonique de Superman pour leur logo. 2 de tension, pas de grandes effusions, des personnages pas bien intéressants qui vont monopoliser l’écran (ça se réveillera d’abord avec une touche de nudité plutôt qu’avec du gore). En plus avec un acteur principal qui ne représente rien médiatiquement : Tom Rhys Harries (pas une star qui va faire un trou dans le budget) ne peut pas jouer métaphoriquement sur sa notoriété, sur son image publique, sur un rapport préexistant entre les spectateurs et lui… Ça marchait bien pour « The Substance », puisque la carrière de Demi Moore (à son plus haut) reposait beaucoup sur la représentation consciente de son physique : corps nu, enceint, musclé… cheveux très longs, courts, entièrement rasé… Du coup ce Matt Hagen n’est rien d’autre qu’un duplicata de Vincent Chase de la série « Entourage », qui lui-même est un pastiche de Leonardo DiCaprio (voilà un acteur qui aurait pu apporter de son aura au film). Et de Mark Wahlberg : Hagen est lui aussi un jeune mec à belle gueule, qui vient de la rue et qui a réussi, grâce à un talent… qu’on ne verra Jamais sur un écran. Crédibilité impossible à rendre sans tomber dans le cliché du (mauvais) film dans le film. Et ironie de la situation, ce talent ne nous sera montré que pour des tueries… Quant à son Passé difficile dans les Narrows de Gotham, il n’est pas traité, à peine on évoque un père voyou (mais ridicule, ne comptez pas sur une confrontation comme celle, énorme, du film « Hulk »). Et malgré son expérience, Hagen reste étonnamment fragile et naïf, on ne croit pas qu’il y ait une brute cachée en lui… Alors les seuls éléments sur lesquelles reposent le film restent les mêmes qu’on a déjà vu dans bien d’autres avant – un pauvre type joue avec le feu, une femme tente de l’aider mais il se transforme en monstre… Et pour les fans qui veulent traquer des références DC, elles sont toutes très maigres, entre des arcs narratifs batmaniens devenus des titres de films, ou un décor de Late Show qui imite l’esthétique de la série animée de 1992 – en comparaison, cette ville de Gotham semble si banale. Revenons à cette série justement : ce qui était bien, c’était la création d’un mystère autour de Hagen, que le spectateur découvrait avec un poil d’avance sur Batman – lequel menait son enquête en étant mis en difficulté, Hagen ayant utilisé le peu de pouvoir qu’il avait déjà pour commettre une malversation en usurpant l’identité de Bruce Wayne. Pas besoin de présenter le moment où il est défiguré, on montre d’emblée qu’il est un acteur en sursis, qu’il est bel et bien un sale type, qu’il va énerver des mafieux (bien caractérisés, et pour qui il est forcé de travailler), que le produit qui l’a transformé le rend aussi fou que son état physique, qu’il voudra ensuite se venger… C’est si bien condensé que ça laisse plus de temps pour sa caractérisation, son égo, sa complexité (très belle performance vocale de Ron Perlman), ses rapports avec son meilleur ami – crypto-gays, ça été confirmé par le réalisateur Kevin Altieri, et d’ailleurs Hagen y évolue de plus en plus jusqu’à passer du genre masculin au féminin, ainsi qu’à perdre son identité dans une scène finale qui évoque aussi bien la conclusion de « Terminator 2 » qu’un film d’horreur du genre Splatter… Et même cette fin a un rebondissement génial, renforçant l’idée qu’un grand acteur peut être une matière sans forme, malléable, insaisissable… capable d’être flamboyant, mais plus du tout humain s’il peut être tout ce qu’il veut sauf lui-même. 40 minutes brillantes, ultra denses, sublimées aussi par des thèmes musicaux créés par Shirley Walker… et reformatées par Watkins : Celui de la série animée était un pur criminel, chez qui on voyait resurgir des bribes d’humanité (encore plus dans l’épisode « Bain de boue », suite/épilogue remplie d’hommages cinématographiques et ultra déchirante)… Là c’est l’inverse, où l’on raconte le parcours de Hagen au moment où il est au top, puis enchaînant très vite les mauvais choix, les galères et les cadavres – et avec donc des références ciné trop faciles… Ne laissant que deux points de vue principaux, d’un côté Hagen et son alliée, de l’autre des gangsters malheureusement bêtes et extrêmement caricaturaux, dont une poule (la sexy Joana Ribeiro) bien mal écrite – c’est une garce, mais elle peut faire un massage cardiaque pour sauver un homme de main ? Tout ça pour caser une référence à « The Thing »… Ce qui en fait d’abord un film de vengeance, reprenant aussi beaucoup d’éléments de « Darkman », c’est-à-dire en retournant le principe de la victime défigurée, lui octroyant le privilège d’effacer ses vilaines cicatrices persistantes pour aller dans l’excès inverse. Et même dans la rigolade cartoonesque via des séquences où il assassine par mégarde, ou quand de multiples truands se font salement tuer en boîte de nuit grâce aux subterfuges du… héros. Eh oui, puisqu’il est légitime de voir payer les salauds bas du front qui ont brisé sa vie, et qu’en plus il arbore majoritairement un beau visage, en étant accompagné par un archétype féminin joué par Naomi Ackie – scientifique concernée, garde-fou et flirt trop chaste… Hagen a donc plus à voir avec les justiciers à super-pouvoirs, ce qui constitue un non-sens… D’autant que ses malheurs personnels sont extrêmement forcés (tout ses proches le trahissent), et qu’en plus il se fade une tempête médiatique (un faux #Metoo), qui est un nouveau rappel consternant à l’histoire personnelle de James Gunn – après son Superman « bouc émissaire ». Calimero puissance 50, de quoi faire passer le monde entier pour un endroit pourri, où un handicapé mériterait son sort. Et même si on est à Gotham, pourquoi n’y a-t-il pas plus de personnes capables de compatir pour lui ? Cette misanthropie teintée de sentimentalisme maladroit, présente dans les films DC depuis Zack Snyder, ne sera même pas compensée par Batman, qui aurait toute latitude pour s’occuper de cette affaire. D’autant que, comme les adversaires du Chevalier Noir, Gueule d’Argile est un de ses reflets, faisant ici écho au caractère protéiforme du justicier (qui est également maître en déguisements, avec un complexe identitaire)… Sauf qu’ici, ce super-héros n’existe carrément pas, et l’incorruptible James Gordon non plus. À moins que, comme ça se passe dans le Passé, il n’ait pas encore émergé – on ne sait pas, on n’a aucune idée de la temporalité, et sûrement que le DCU non plus… Alors le troisième point de vue, celui de l’individu neutre qui essaiera de tout remettre en état, sera représenté par un flic uniquement utilitaire (Max Minghella). À travers lui on dénonce (mollement) la corruption, on crée un danger supplémentaire, puis un pseudo triangle amoureux menant au dernier acte qui définira le destin de Hagen… Acte qui sera peut-être la pire déception du film : à défaut de finir comme dans le deuxième « Terminator », on aurait pu avoir un dernier quart d’heure ressemblant au premier volet (ou à un bon Slasher), avec le gollem invincible traquant la Final Girl débrouillarde. Mais non, « cachez vite cette créature qu’on ne saurait voir »… Est-ce à cause de sa représentation (quasiment un gros tas de…) ? Ou bien du fait qu’on ait passé trop de temps avec un monstre à visage humain pour s’en défaire si facilement ? Peu importe, son avenir est déjà écrit : être un mercenaire pour le Pokolistan dans la série animée « Creatures Commando ». Voilà. Ce film aura donc pâtit du désistement de Mike Flanagan, qui semblait vouloir rendre justice au Gueule d’Argile de la série animée – en série, il y aurait peut-être eu plus de place pour traiter des nombreuses facettes du personnage… Et si Matt Reeves l’avait adapté dans un film « The Batman », ça aurait sorti cette franchise de sa torpeur réaliste… En reprenant le projet à son compte (et avec le scénariste Hossein Amini), James Watkins s’applique à montrer une jeune personne céder progressivement à la violence, comme il l’a déjà fait dans ses précédents films… La plupart de ses idées horrifiques reposant sur un sadisme exagéré envers Hagen – son corps trituré dans tous les sens ou s’écroulant, surtout aux pires moments… Mais on sent que beaucoup d’éléments encore plus complexes ont dû être gommés, comme les complexes dûs à la précarité, la vanité, la férocité de Hollywood, la fluidité de genre de Hagen (se transformer en femme ne l’étonne même pas), son ami affectueux… mais non, tout est devenu basique et hétéronormé – pour ne pas gêner la Paramount ? Au final « Clayface » reste un film correct, bien plus carré que les précédents opus ciné et télé du DCU. Mais sans justement rien qui dépasse, au montage inadéquat pour un thriller (les scènes au calme sont trop longues, celles d’horreur et de suspense sont trop découpées, la musique de Volker Bertelmann est trop présente). Et il n’a pas grand-chose de dérangeant, à part peut-être une séquence de rêve érotique, justifiant la présence régulière de néons dans la ville pour atténuer le changement de couleur de peau… Même pas de douleurs dans les métamorphoses, même pas de rebondissements imprévisibles, même pas d’angoisse à l’idée que Hagen puisse vous choper tel un homme invisible/visible (on grille facilement toutes ses impostures), et pas beaucoup d’ambiguïté morale… À l’image de son protagoniste, le film mime tout ce qu’il a déjà vu comme films dans sa vie, mais peine à laisser émerger une quelconque identité. Clay rembarre