Delcourt

[Review VF] Hérétique

Un récit complet intéressant par les auteurs de La Mort Blanche

La review du jour est un titre proposé par Delcourt. Il s'agit d'Hérétique, écrit par Robbie Morrison, et dessiné par Charlie Adlard. Il est sorti le 22 janvier pour 19,50 euros.

Un magnifique RÉCIT COMPLET par ROBBIE MORRISON & CHARLIE ADLARD au format album, justifié par la beauté des pages de Charlie. La meilleure façon de le décrire ? Le croisement parfait entre Sherlock Holmes et Le Nom de la rose.
Ce thriller historique aux accents d'horreur et de surnaturel se concentre sur la relation entre le docteur, chevalier, avocat, occultiste, philosophe et magicien Cornelius Agrippa et son jeune élève Johann Weyer alors qu'ils enquêtent sur une horrible série de meurtres à Anvers au XVIe siècle.

L’introduction d’Hérétique est un peu laborieuse. En effet, l’histoire commence à notre époque, alors que l’on retrouve des notes de Jean Wier qui a inspiré Sigmund Freud. Ce sont ces notes qui sont lues et que cet album présente en en BD. Le fait que Freud possédait ces écrits n’est pas repris plus tard, ce qui tient plus de l’anecdote qu’autre chose. Cependant, lorsque le récit se met en place, les choses deviennent bien plus intéressantes. Nous sommes au XVIème, Jean Wier devient le stagiaire de Cornelius Agrippa. Ce dernier est chargé par l’inquisition d’enquêter sur un meurtre.

Nous sommes ici dans une œuvre de fiction, mais elle utilise des noms de personnages ayant vraiment existé. Jean Wier et Cornelius Agrippa sont bien réels, ce qui permet un ancrage réaliste, même si inventé. L’intrigue se situe à Anvers, en Belgique donc, pendant l’inquisition. Ce point a son importance, car Wier et Agrippa se sont opposés historiquement à la chasse aux sorcières. L’inquisition va étonnamment charger Agrippa d’enquêter sur plusieurs meurtres, ce qui le met dans une position délicate. L’inquisition met une pression sur toute la ville, surveillant chaque attitude, pouvant la considérer comme hérétique.

Agrippa, comme Sherlock Holmes, est un cartésien qui ne croit qu’aux faits. Forcément, contre des fanatiques religieux, ça fait des étincelles. Surtout quand il accuse l’inquisition de détourner la religion pour faire régner leur loi, jusqu’à commettre des actes antisémites. Il y a donc dans cet album une réelle critique de la religion, et de ce qu’elle provoque. L’atmosphère fait bien sûr penser au Nom de la Rose, avec une enquête où la religion et la superstition prennent une part importante.

  

Le récit est brillamment écrit, et on se laisse captiver par l’histoire. Même si basée dans le passé, elle reste malheureusement très contemporaine, et le parallèle avec certains évènements se déroulant aujourd’hui se fait facilement. Le personnage d’Agrippa est intéressant, car il peut être vu comme la voix de la raison, contre la croyance, et s’inscrit pleinement dans le mythe du héros. D’ailleurs, le final, légèrement anticlimatique, peut décevoir, mais il s’inscrit dans la lignée de la thématique du comics, où les mots ont leur importance.

Adlard fait un travail remarquable. Son style se reconnaît facilement sur ses personnages et leurs expressions. Avec Walking Dead, c’est un habitué du noir et blanc. Enfin plutôt des nuances de gris, puisqu’ici, le style reste du crayonné. Difficile de savoir si les planches proviennent de papier ou du numérique, mais elles semblent être dessinées au crayon de papier, avec quelques fulgurances de couleurs à certains passages précis. La couleur a un rôle narratif. Il y a aussi un bel effort sur les paysages, avec notamment des bâtiments gothiques impressionnants de détails.

Le dessinateur a surtout un talent indéniable pour la narration. Sa fluidité sert totalement l’écriture de Morrison. Hérétique dépeint avec brio la corruption et l’abus de pouvoir au sein de l’Inquisition, avec une réflexion sur la liberté de pensée. La relation entre Agrippa et Wier, entre mentor et disciple, apporte une dimension humaine, tandis que les antagonistes, souvent des hommes d’Église, sont dépeints avec une terrible cruauté. Bref, un excellent récit complet pour bien commencer l’année !

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En Résumé

Points forts

- L'ambiance
- La narration
- Les dessins

Points faibles

- Une introduction inutile
4.5/5

Hérétique est une réussite, un récit complet historique et une histoire d’enquête sous la pression de l’inquisition. Les thèmes de la croyance, et la liberté de pensée sont bien traités, sans sacrifier la narration. Une excellente lecture recommandée.

Adrien L.

Attiré par le monde des comics depuis toujours, gros consommateur et lecteur depuis une vingtaine d'années maintenant. Cherche à transmettre sa passion par tous les moyens !

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