La review du jour est un titre proposé par Delcourt. Il s'agit d'un hors-série de Criminal intitulé Les Acharnés, écrit par Ed Brubaker, et dessiné par Sean Phillips. Il est sorti le 5 novembre pour 29,95 euros. Il contient le titres US Criminal - The Knives.
Dans ce jeu de destins croisés auquel les auteurs nous ont habitués, on retrouve Jacob, l'auteur de BD aigri, mais aussi Tracy Lawless, de retour en ville après une période en tant que membre des forces spéciales.
A Hollywood, Jacob travaille sur l'adaptation en série télé d'une de ses BD. Rapidement, il se retrouve piégé entre une tante vieillissante et les vautours qui entourent cette industrie. Angie, qui a grandi à l'Undertow, cherche à se venger. Tracy Lawless est de retour en ville après avoir quitté les forces spéciales. Un récit coup de poing autour de l'ambition, de la cupidité et des liens du sang.
Avec cet album, Ed Brubaker et Sean Phillips retournent dans l’univers de Criminal. Contrairement à ce qu’ils faisaient avant, ce tome est un original graphic novel, c’est-à-dire qu’il a été publié tel quel aux Etats-Unis, donc directement en album, sans passer par la case fascicules. Je précise, car cela a un impact sur la narration. Au lieu d’avoir un chapitrage régulier, les auteurs nous offrent donc des longueurs de chapitres différents. Le rythme se trouve impacté, et en ce sens, cet album se rapproche des derniers travaux des auteurs qui semblent apprécier ce format.
Les Acharnés commence avec deux histoires qui s’alternent, séparées, mais qui vont finir par se rejoindre. Il s’agit d’abord de l’histoire de Jacob Kurtz, un auteur de comics, qui se retrouve à Hollywood pour aider à l’adaptation TV de sa création. Il est très probable que Brubaker s'inspire de sa propre expérience, puisque Criminal est en cours d’adaptation en série TV. Et il règle en partie ses comptes, puisqu’il n’est pas tendre avec l’industrie hollywoodienne. Le monde audiovisuel est décrit comme un monde de producteurs méprisants envers les comics, réduits à un pitch et souvent appelés par erreur des romans graphiques.
L’autre histoire s’intéresse à Angie, une jeune cambrioleuse à l’histoire tragique. Elle ajoute une dimension moins cynique, et plus humaine. Les deux vont bien se trouver, entre Jacob, désillusionné et qui a lâché l’affaire, et Angie, la survivante, prête à encore se battre pour s’en sortir. La narration est maligne pour joindre ces deux histoires. Elle n’est pas linéaire, nous passons d’un personnage à l’autre, et il y a souvent des flashbacks. Elle permet de rythmer le récit, et de nous maintenir captifs.
Malgré ces éléments, l’album ne renie pas son côté criminel indiqué dans le nom de la série. Cette partie est plus classique, mais efficace. L’intérêt réside surtout dans la réflexion autour du personnage de Jacob, que l’on peut identifier à Brubaker. Il interroge notamment sa propre place en tant qu’artiste, et explore la peur de voir son œuvre déformée, son identité diluée dans les compromis commerciaux, ce qui donne une certaine profondeur à l’histoire.
L’autre aspect qui lie cet album au reste de l’univers Criminal est les personnages déjà vus, notamment Jacob. Cependant, ce récit peut être lu sans problème sans n’avoir jamais lu un Criminal. L’histoire est indépendante, et se suffit à elle-même. Le seul moment où c’est peut-être un peu gênant, c’est lorsque Tracy Lawless débarque. Il arrive un peu de nulle part pour aider Jacob, mais il s’agit d’un personnage déjà vu ailleurs. Les lecteurs habituels seront peut-être moins étonnés de le voir.
Graphiquement, c’est désormais une affaire qui roule. Le dessin de Sean Phillips, à la fois précis et expressif, capture les émotions des personnages, et les couleurs de Jacob Phillips renforcent l’atmosphère. La narration s’appuie d’ailleurs beaucoup sur le dessin, et limite le texte afin de laisser respirer l’action. Le style est dans la lignée des derniers albums des auteurs, et ne surprendra pas les lecteurs de Reckless par exemple, même si le découpage est assez différent.
Les Acharnés est une réussite, même s’il ne marque pas un tournant dans la carrière de ses auteurs. Nous retrouvons dedans des thèmes qu’ils maîtrisent et adorent : les comics, Hollywood et le monde du crime. Cet album se savoure pour son écriture affûtée, son dessin élégant, et sa capacité à mêler satire sociale et drame personnel. Brubaker et Phillips prouvent une fois de plus qu’ils maîtrisent l’art de raconter des histoires de crime.
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En Résumé
LES POINTS FORTS
- La critique d'Hollywood- Récit personnel
- indépendant du reste de la série
- Les dessins
LES POINTS FAIBLES
- L'arrivée de Lawless
Conclusion





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