Focus sur Neofelis Editions

Focus sur Neofelis Editions

MDCU continue de vous faire découvrir les petits éditeurs de comics. Ils publient bien souvent des merveilles et les lecteurs ne sont pas forcément au courant. Aujourd'hui, nous accueillons Neofelis Editions dont le fondateur - Frédéric Stokman - a accepté de répondre à nos questions.

Qu'est-ce qui vous a incité à créer de Neofelis Editions ?

L'amour des livres, la passion des comics et l'envie de proposer quelque chose de différent avec certains titres qui n'intéressent pas les gros éditeurs. En savoir plus, déjà personnellement, sur la culture comics de l'âge d'or, d'argent et de bronze.

Le premier comics que vous avez traduit est le Flash Gordon d'Al Williamson, en noir et blanc. Pourquoi ce choix ? Et quel fut l'accueil du public ?

Je cherchais, à l'époque (2012), un titre pour lancer la collection « Culture Comics » et, en parcourant un vieux Journal de Mickey, je me suis dis que je pourrais essayer de trouver qui gérait les droits des titres de la King Features pour la France. Flash Gordon n'était plus édité à ce moment-là. C'est comme cela que je suis rentré en contact avec Biplano, l'antenne française de la King. Je voulais, au départ, rééditer les premiers épisodes d'Alex Raymond, mais Soleil était déjà sur le coup pour une adaptation des restaurations récentes proposées par Titan Book. J'ai préféré partir sur un one shot (plus simple éditorialement parlant) en travaillant sur l'intégralité des épisodes dessinés par le grand Al Williamson dans un seul volume. Infographiste de profession, je me suis donc lancé également dans la mise en page de l'ouvrage.

J'ai contacté des collectionneurs dans le monde entier pour avoir accès au matériel original ou obtenir des documents inédits sur ces épisodes et sur Williamson. L'accueil du public fut excellent et le tirage initial de 1 000 exemplaires fut épuisé en quelques mois. La collection était lancée !

Tous vos titres traduits jusqu'à présent sont des oeuvres de grands auteurs (Ditko, Eisner, Kirby...) inédits en français. Sur quels critères se fait votre sélection ? 

Je suis fan avant tout de ces auteurs, je pense que j'aurais du mal à publier un artiste qui ne me touche pas. J'ai grandi avec ces héros-là (les dessinateurs) et pour moi c'est un hommage à ces géants de l'industrie des comics que de proposer des pans inédits de la culture comics. C'est une démarche très égoïste, en fait.

A-t-il été difficile d'obtenir les droits ou le matériel, notamment pour Hawks of the Seas de Will Eisner ?

Pour Hawks Of The Seas – Les boucaniers, la genèse fut assez longue. C'est une idée de Jean Depelley qui retrouva, dans la collection de Louis Cance, des planches perdues de Will Eisner (les éditions américaines comportaient des « trous » dans leurs parutions) permettant ainsi d'avoir la totalité des bandes de la série . Il a contacté Nancy et Carl Gropper, qui gèrent le patrimoine éditorial d'Eisner, pour leur proposer une édition commune. Nous pouvions sortir l'ouvrage en français et eux récupéraient les bandes manquantes pour une future édition américaine.

Vous avez annoncé pour le second semestre 2018 deux titres inédits en France produits par Marvel : les strips de Conan (Roy Thomas, Ernie Chan et John Buscema) et John Carter Warlord of Mars (Chris Claremont, Gil Kane, Frank Miller...). Comment avez-vous découvert que les droits étaient disponibles ? Sous quel format allez-vous les éditer ?

Après quelques recherches pour de nouvelles licences à proposer, j'ai su que ces ouvrages étaient disponibles et inédits chez nous. Ce sont des contrats et engagements avec les éditeurs américains, les ayants droit ou ceux qui gèrent l'image des personnages comme Conan Properties ou le Edgar Rice Burroughs Estate. Pour Conan, les épisodes que nous publions cet été sont tirés des journaux américains de la fin des années 70. Bien que l'équipe artistique soit du pur Marvel (Roy Thomas, Ernie Chan et John Buscema), c'est un syndicate (éditeur spécialisé dans les BD pour différents quotidiens aux USA) qui s'occupait de la franchise. Je suis passé par Dark Horse pour obtenir les droits de ces bandes. Mais après réception du matériel, j'ai vu que celui-ci était de qualité très moyenne (les trames n'étaient pas toujours apparentes, les traits étaient brûlés et les contours étaient très marqués sur certains strips). Après quelques recherches j'ai trouvé un bien meilleur matériel via des fascicules espagnols des années 80. Nous avons donc du scanner chaque page de ces nombreux fascicules pour avoir le meilleur matériel possible. Nous sommes un peu les « El Gringo » des comics :-) Les bandes sortiront dans un format à l'italienne en noir et blanc et couleur (couverture cartonnée). Roy Thomas a, pour l'occasion, écrit une préface pour les lecteurs français. Un grand honneur pour nous !

Pour John Carter (sortant fin 2018), c'est là un Ancien titre Marvel, mais celui-ci n'en possédait plus les droits. J'ai donc vu avec Dark Horse, Dynamite et le ERB Estate. Ici, cela sera deux volumes de 300 pages en noir et blanc (format A4 souple à priori) présentant l'intégralité du titre des années 70 (28 épisodes et 3 annuals). Hâte de voir le résultat imprimé ! 

Vous éditez des livres sur l'histoire des comics en France et aux États-Unis, des ouvrages demandant un travail et une expertise considérables. Comment se passe la collaboration avec les auteurs ?

Les auteurs comme Jean Depelley (les monographies sur Jack Kirby, des articles dans les Comics Signatures, etc.) et Jean-Michel Ferragatti (L'Histoire des super-héros -les publications américaines en France) sont des sommités dans ce domaine-là. Ils connaissent leurs sujets par coeur. C'est toujours impressionnant de voir cette passion intacte depuis leurs premières lectures étant enfants ! Ce sont des livres ou des projets que les auteurs m'ont proposés et ils convenaient absolument à la ligne éditoriale « Culture Comics ».

Vous avez lancé il y a quelques temps un magazine sur les comics, Comics Signatures. Quelle en est la ligne éditoriale ? 

Comics Signatures est un fanzine annuel qui permet de proposer des articles plus ou moins courts (d'une page à… plus de cent !) sur des sujets divers comme la création de Spider-Man, les titres mythiques de John Byrne dans les années 70/80 ou encore les X-Men , les éditions LUG comme dans notre dernier numéro de 2018. La revue balaye des thèmes variés (nous parlons parfois de jouets vintages aussi ayant trait aux comics) qui explorent différentes phases des comics : les maisons d'édition, des épisodes particuliers mis en avant, etc. Le prochain numéro (2019) sera sur les encreurs avec des invités et des interviews inédites. Nous parlerons de Klaus Janson, Bob McLeod, Joe Rubinstein ou encore Joe Sinnott.

Par le passé, vous avez fait appel au financement participatif. L'expérience vous incite-t-elle à recommencer ?

Effectivement, pour L'Histoire des Super-Héros et pour Fighting American (Joe Simon/Jack Kirby) nous sommes passés par le financement participatif. Une excellente expérience que nous réitérerons prochainement.

À quoi vos lecteurs peuvent-ils s'attendre à l'avenir ? À un rythme de publication plus soutenu ? À un réseau de distribution plus large ? Tenterez-vous de traduire des titres plus récents ou conserverez-vous une approche patrimoniale des comics ? 

Fin juin, nous proposerons le premier artbook / portfolio de Fred.Ian, artiste traditionnel de talent spécialisé dans la peinture à l'huile. Il sera axé particulièrement sur les personnages féminins iconiques des comics comme Phénix , Tornade ou encore Wonder-Woman. Pour la suite nous prévoyons le prochain volume des archives de Steve Ditko, des ouvrages en licences avec l'éditeur américain TwoMorrows (deux titres pour l'instant au programme, un sur Gene Colan et un sur John Romita Sr.) ainsi que d'autres licences à venir. Pour le rythme de parution, nous sommes à trois titres par an, ce qui est déjà un sacré travail en équipe réduite. Peut-être voir pour un titre de plus, mais rien de certain. Nous sommes en partenariat avec de plus en plus de libraires (notamment le réseau Canal BD) qui commandent nos ouvrages. En ce qui concerne les périodes de publication à proposer, cela dépend du titre, mais avec Conan et John Carter nous sommes (presque) dans les années 80… c'est pas mal déjà. 

Merci Frédéric d'avoir répondu à nos questions. Retrouvez certains des ouvrages évoqués sur le site de Neofelis Editions  : https://www.neofelis-editions.com/ Les tirages étant limités, certains titres sont déjà épuisés

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Eh oui, déjà !

  • AwyGo
    AwyGo

    il y a 1 an

    Hop ! Grâce à vous, je découvre, et je reçois aujourd'hui un exemplaire du "Comics Signatures n°2", normalement épuisé mais trouvé chez un libraire sur le net.
    Je ne pouvais pas laisser passer un tel ouvrage sur LA grande période des X-men !

    Et les autres ouvrages donnent vraiment envie.

    Merci les amis !

  • AfA
    AfA - Rédacteur de l'article Staff MDCU

    il y a 1 an

    Ravi que tu aies découvert ce magazine grâce à nous. C'est le but de ces interviews : présenter des éditeurs et des ouvrages sur les comics pas forcément connus de tous les fans mais qui méritent le détour.