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Delcourt
NOTE :
DATE DE SORTIE : 06/02/2013
PRIX : 13.95€






Chimichanga
SYNOPSIS
Une étonnante petite fille se lie d'amitié avec un énorme monstre poilu... Toute la poésie noire et décalée d'Eric Powell (The Goon) magnifiée dans ce conte aux ambiances Burtonienne. Splendide.
L'AVIS DE MDCU PAR Julien
Entre quelques numéros de sa série maintes fois récompensée, The Goon, l’auteur Eric Powell a pris le temps de nous offrir ce petit conte de toute beauté, intitulé Chimichanga, que Delcourt a fait le judicieux choix de publier, dans une édition prestige qui plus est.



Comme il le révèle dans les suppléments à la fin du livre, Eric Powell a d’abord proposé le projet Chimichanga à une chaine de télé pour en faire un dessin animé, ce qui fut un échec, la chaine en question prétextant que cette histoire était beaucoup trop barrée pour les enfants d’aujourd’hui. Et comment pourrait-il en être autrement, il suffit de ne serait-ce que regarder la couverture pour s’en rendre compte, une petite fille boudinée à barbichette debout sur la tête d’un monstre Bizarroïde. Mais… et alors ?! « barré » ne doit pas forcément être péjoratif ! Et oui, c’est du Eric Powell, ils n’ont jamais lu The Goon ou quoi ! Ce côté barré et totalement décalé représente l’univers de cet auteur et est exactement ce qu’on aime chez lui. Mais se focaliser là-dessus serait aussi en oublier toute la beauté et la poésie de cette petite perle qu’est Chimichanga. C’est déjà la troisième fois que j’écris ce nom dans cette review et j’ai dû faire une faute à chaque fois, mais il est tellement marrant que j’ai envie de le dire encore et encore ! D’ailleurs, pour ceux qui se posent la question, Chimichanga (oui encore !) n’est pas un mot imaginaire sorti tout droit de l’esprit de Powell, ce n’est pas non plus le vrai nom d’une créature du fin fond de la jungle amazonienne ; comme c’est révélé au début de l’histoire, ce nom existe bien et il s’agit en fait d’un plat mexicain, un burrito frit ! Ouais, on en apprend tous les jours. Voilà pour votre culture générale, passons maintenant au récit.



Chimichanga (non sérieux on ne s’en lasse pas !) est ce genre d’ovni pas très médiatisé, qui sort un peu de nul part et dont on entend parler sans trop le vouloir mais qui attire tout de suite notre attention et nous fait tomber fou amoureux dès les premières pages. Un récit qui change totalement de ce qu’on a l’habitude de lire et arrive comme un merveilleux vent de fraicheur qu’on accueille à bras et cœur ouverts. Un truc tellement insensé et décalé, écrit avec tellement d’humour et de finesse qu’on ne peut pas ne pas être touché.
Prenons le personnage principal, Lula, cette petite fille à bidoche qui se balade dans une petite robe qui laisse apercevoir sa culotte blanche à points rouges et qui, surtout, porte une barbe et une moustache ! Sans oublier ce visage étrange qui fait penser aux masques de mimes, tel celui de V pour Vendetta. Ce p’tit bijou de personnage est un pur arc-en-ciel d’émotions, capable de faire passer du rire aux larmes en quelques secondes, tels les grands mimes justement. Une petite fille sûre d’elle, au caractère bien trempé et au langage très figuratif mais une petite fille tout de même, pleine d’innocence, de naïveté et d’amour pur, ce type d’amour que l’on perd en grandissant, confronté aux réalités de la vie. Comme par exemple, si un monstre Bizarroïde atterri de nul part derrière vous, n’allez pas taper la discut’, lui faire des câlins et le ramener chez vous en le prenant par la main, non, fuyez !! A elle seule cette petite Lula vous touchera et vous fera aimer cette histoire, j’en pari mon Chimichanga (hopla, placé ni vu ni connu !). Elle a en plus des petites perles de dialogue, qui représentent parfaitement son caractère, passant du presque choquant pour son âge mais tellement kiffant, à du touchant et à du très drôle. (Je dois d’ailleurs féliciter le traducteur Jérôme Wicky qui a fait un excellent travail sur ce titre.) La scène où elle décide d’écrire une lettre (je n’en dévoile pas plus) est juste super drôle. Et ce n’est qu’un des personnages totalement barrés que ce récit contient en nombres, ne serait-ce que les autres « artistes » du cirque assez minable au centre de l’histoire. Vous y retrouverez Hératio, le poisson à la gueule de marmot (Powell a une explication très intéressante pour ce personnage dans les bonus du bouquin) ou encore Randy, l’homme de 70 kg qui a la force d’un homme de 75 kg. Oui, c’est drôle et décalé à ce point là. Et bien sûr, comment oublier Chimichanga ! (Je vais pas vous le faire à chaque fois). Comme dans toutes les belles histoires, il faut être deux, et ça marche toujours tellement mieux avec un duo improbable. Et quoi de mieux pour contrebalancer un petite fille expressive et pleine d’énergie qu’un monstre renfermé qui ne parle pas. Lui aussi est extrêmement drôle et touchant et on aime autant le fait qu’on ne sache absolument rien sur lui que le fait qu’il se lit d’amitié avec notre petite Lula.



En dehors de ses personnages et son univers barré, la force de Chimichanga c’est aussi la puissance émotionnelle et la beauté qui se dégage de chaque image, de chaque planche. Il n’y a pas tellement de dialogues, juste ce qu’il faut, Powell laisse ses dessins s’exprimer merveilleusement. Beaucoup de séquences touchantes et remplies de poésies, du bonheur en somme.
Le récit contient aussi d’innombrables références, qui toucheront à peu près tout le monde au moins à quelques reprises. Ce que j’ai adoré voir Lula, gants de boxes aux mains et grand short rouge et jaune, chanter « Eye Of The Tiger ».

La petite critique que je pourrais faire à cette histoire concerne l’intrigue principale de l’histoire, avec la compagnie pharmaceutique Dinderly. C’est clairement une critique du rôle et du fondement de ce genre de compagnies aux Etats-Unis, et par la même occasion du capitalisme à outrance, sauf que ce n’est pas du tout fait avec subtilité. Le trait est un peu trop gros et manque cruellement de finesse. Mais ce n’est au final presque qu’un détail puisqu’il a beau s’agir de la trame de fond, ce n’est en aucun cas le cœur n l’intérêt de l’histoire.

Un comic book comme celui-là ne peut absolument pas fonctionner si les dessins ne sont pas à la hauteur, puisque toute l’émotion et la beauté du récit passent par eux. Et c’est heureusement un registre dans lequel Eric Powell excelle, on le sait ! Ses dessins ont la capacité d’avoir un aspect réaliste et en même temps d’être très « cartoon », un double registre qui fait des miracles. Chaque dessin a une puissance émotionnelle assez incroyable, c’est juste fabuleux. Et c’est aussi magnifique du côté des couleurs de Dave Stewart, coloriste attitré d’Hellboy, qui lui aussi fait des merveilles, alors que la première version de ce titre était noire et blanc.



Chimichanga est une petite perle de beauté et de poésie qui fait chaud au coeur, sur un ton totalement barré et décalé, ce qui nous offre un récit original et absolument génial.

A noter que Delcourt publie ce titre dans une édition Prestige, c'est à dire cartonnée avec une jaquette. Mais ça ne justifie pas pour autant le prix un peu trop élevé à mon goût, 14 euros pour seulement 3 numéros et quelques bonus, ça fait quand même cher et c'est bien dommage.



CONCLUSION

Les points forts
- L'univers barré et décalé
- Les personnages excentriques
- La beauté du récit
- L'humour
- La puissance des dessins
Les points faibles
- Le manque de finesse dans la trame de fond
- C'est trop court !!
COMMENTAIRES (1)
Le 22 Janvier 2013 à 10h30
Petit chef d'oeuvre écrit par l'auteur de The Goon et publié par Dark Horse. On vous en reparle très prochainement parce que c'est une véritable bombe et un indispensable à ranger à côté de Bêtes de Somme.
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